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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/478

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il se découvrait tout entier pour donner un ordre, plusieurs coups de feu éclatèrent. Frappé d’une balle en plein front, M. Halley s’affaissa, et, embrassant le tronc du cocotier, il resta agenouillé comme un homme en prières à trois pas du point où M. de Ladebat et les hommes blessés étaient étendus. Un instant après, le commandant du Bucéphale, M. Laferrière, qui avait suivi en simple promeneur une expédition dont on était loin de prévoir la fatale issue, s’étant mis à la tête de la colonne Ladebat, parvint à dominer le retranchement des canaques et s’y précipita, mais trop tard, hélas! pour sauver le commandant Halley. L’ennemi, sans chercher à tenir pied, battit en retraite vers des défilés à lui connus; on le poursuivit avec toute la diligence que permettaient les difficultés du terrain, sans qu’il fût néanmoins possible de l’atteindre à l’arme blanche.

Enfin, abandonnant toute idée d’une vaine poursuite, on décida qu’on ferait en sorte d’amener l’ennemi à une attaque de nos positions, ce qui était le seul moyen de le châtier d’une manière sûre et décisive. Le lendemain, à huit heures, les canaques se montrèrent seulement de loin et sur les hauteurs. Cependant on ne pouvait douter à la direction suivie par eux qu’ils allaient se concentrer vers les retranchemens français. Tant qu’ils ne purent nuire à nos travailleurs, on ne les inquiéta pas; mais bientôt ils surgirent sur une crête dominant le morne. L’attaque alors commença d’une façon très vive sur ce point et conjointement sur la gauche du fort et sur la lisière du bois. Plus circonspects néanmoins en ces deux derniers endroits, les canaques se tenaient toujours éloignés et se découvraient à peine. La seule tentative sérieuse, celle du morne, fut énergiquement repoussée. Les canaques battirent en retraite avec une perte de plusieurs hommes, qu’ils emportaient suivant leur coutume. Une vive poursuite les contraignit pourtant à laisser trois de leurs morts en notre pouvoir. Deux Français seulement furent blessés dans cette escarmouche. Ce mouvement offensif donna une nouvelle impulsion à la fusillade. Les canaques se replièrent alors vers les sommets d’Anamiaï et continuèrent à tenir en haleine les défenseurs du morne. Un de nos matelots y fut encore blessé; quelques boulets lancés à toute volée par le Bucéphale semblèrent avoir un heureux effet. Néanmoins le dommage causé aux indigènes resta inconnu.

A huit heures du soir, les canaques parurent se disposer à l’attaque en ouvrant le feu sur toutes les faces du camp et sur le morne de la redoute; cette dernière seule répondit, et l’ennemi se retira aussitôt. Le camp avait jugé inutile de compromettre sa poudre dans un tir incertain. Pour la première fois alors on reçut quelques coups de canon d’une batterie de deux pièces établie par les cana-