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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/387

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dres. Plus leurs rapports avec l’Angleterre devenaient mauvais et leur alliance avec la grande rivale de la France impossible, moins l’empereur Napoléon se croyait obligé de les ménager. Leurs ouvertures au sujet de l’acquisition de la Floride à prix d’argent avaient été écartées avec dédain; leurs efforts pour assurer au commerce américain le bénéfice des stipulations du traité du 13 septembre 1800 allaient devenir inutiles. Chassé de l’Océan par l’Angleterre, Napoléon s’était promis de la chasser du continent. Ne pouvant la réduire de vive force, il avait conçu le projet de la faire tomber d’inanition en fermant à son commerce et à son industrie tous les marchés de l’Europe : gigantesque chimère que la réalisation de la monarchie universelle elle-même n’aurait pu rendre réalisable, mais qui devait conduire à tenter cette folie, et qui se trouve en effet à la source des actes les plus insensés, les plus iniques et les plus désastreux de la politique impériale, — la guerre d’Espagne, l’incorporation des états de l’église et de la Hollande à l’empire, la guerre de Russie. Ce fut d’ailleurs à la Grande-Bretagne elle-même que Napoléon emprunta l’idée du système continental. La Grande-Bretagne avait la première fait un monstrueux abus du droit de blocus en s’arrogeant le privilège d’interdire au monde, par de simples ordres du conseil, toute communication avec des contrées entières qu’elle ne pouvait bloquer effectivement. Napoléon s’autorisa de cet exemple pour déclarer, par le décret de Berlin (21 novembre 1806), qu’il mettait les îles britanniques en état de blocus, et qu’en conséquence tout commerce et toute correspondance avec l’Angleterre étaient interdits, que tout bâtiment venant d’Angleterre serait exclu des ports français ou soumis à la France, que tout navire ayant éludé cette règle au moyen d’une fausse déclaration serait reconnu de bonne prise, et que toute marchandise provenant des manufactures anglaises serait confisquée. Le gouvernement américain affecta d’abord de regarder le décret de Berlin comme un acte légitime de législation intérieure ne portant aucune atteinte à la liberté des mers, comme un simple règlement prohibitif ayant pour but d’interdire aux produits anglais et aux navires venant d’Angleterre l’entrée des ports de l’empire, non d’autoriser les croiseurs français à saisir en pleine mer, et contrairement aux stipulations du traité du 13 septembre 1800, les bâtimens américains chargés de produits anglais, ou venant d’Angleterre. Tant que Napoléon fut occupé par la campagne de Pologne, le langage et la conduite du gouvernement impérial parurent donner raison à cette interprétation du décret de Berlin; mais dès qu’il eut obtenu à Tilsitt l’adhésion de la Russie au système continental, il résolut de l’imposer sans exception à toutes les puissances neutres. Le 18 sep-