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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/349

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bles, il faut qu’ils soient sus, et ils ne peuvent l’être que s’ils sont dits au public. La publicité, c’est donc la presse ; le mot dit tout. Ce serait se moquer que de retracer tout ce que ce mot rappelle. On a souvent célébré l’histoire : c’est à l’histoire qu’on en a appelé de tous les méfaits des pouvoirs et des partis. C’est la crainte de l’histoire qu’on a tenté d’évoquer devant la puissance de mal faire. Qu’est-ce au fond que l’histoire? Encore la presse, le passé livré à la presse. C’est par la presse encore que ceux qui ne l’ont pas connue, que les Thucydide et les Tacite continuent de donner des leçons aux gouvernemens et aux peuples. Ce que l’histoire est pour le passé, la presse l’est pour le présent : elle est l’histoire contemporaine. L’accuserez-vous d’ignorance ou d’imposture, de dénigrement ou d’adulation? Elle est comme l’histoire. L’histoire n’a-t-elle pas menti, injurié, flatté? Si vous rêvez de rétablir la vérité par le silence, faites taire et l’histoire et la presse; mais par là vous n’aurez fait que substituer au mensonge la dissimulation de la vérité, que dis-je? vous n’aurez rien gagné contre l’imposture du plus fort. Vous n’aurez fait que laisser aux victorieux le droit d’insulter et aux lâches la licence de flatter; vous aurez étouffé pour le présent comme pour le passé ce que Tacite appelait la conscience du genre humain.

Les tribunaux sont indépendans; tout est public dans l’exécution des lois. Tout se sait et tout peut s’écrire. Est-ce assez? Non sans doute. Puisque le magistrat, dépositaire de la puissance publique, est lui-même soumis aux lois, il faut qu’il réponde de leur violation. La publicité peut le retenir au moment d’agir comme une menace, le troubler, s’il a fait le mal, comme une révélation. C’en est souvent assez pour prévenir et même pour punir; pourtant il faut parfois davantage. Quelle que soit la puissance de l’honneur, les jugemens de l’opinion ne suffisent pas à la morale grossière des sociétés les plus civilisées. Les jugemens de la justice sont nécessaires pour éclairer, pour redresser, pour sanctionner les jugemens de l’opinion. La responsabilité est universelle en ce monde; la responsabilité légale n’en est que la forme et l’application réservée pour des cas rares et graves. Cette condition commune des hommes et des citoyens doit peser sur les fonctionnaires de l’état, qui sont apparemment des citoyens et des hommes.

Elle pourrait déjà s’enorgueillir de son lot, la société qui jouirait de toutes ces garanties. Cependant il en manquerait une suprême, s’il n’existait de niveau avec le gouvernement et presque dans son sein un pouvoir gardien vigilant des droits reconnus, interprète des griefs publics, censeur des abus constatés, autorisé à élever la voix au nom du public entier, et chargé d’avertir, d’interroger et