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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/331

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dans la société domestique, dans la société politique, dans la société religieuse. La première, qui n’est autre que la famille, est pour M. Simon la plus naturelle et par suite la plus parfaite de toutes, car c’est Dieu même qui a voulu les rapports du père, de la mère et de l’enfant. Aussi la loi a-t-elle ici peu à faire et rien à créer. Son œuvre légitime est de reconnaître et de consacrer ce qui existe par l’ordre d’un plus grand maître qu’elle, et comme conséquences ou conditions terrestres des devoirs et des sentimens de la famille, M. Simon montre aisément que la propriété et le travail sont aussi respectables que la famille elle-même. De là, par une argumentation solide et développée, il établit contre toutes les sortes de communisme la liberté du foyer, celle du capital, celle de l’atelier. Ces mots seuls indiquent de quelles erreurs célèbres il fait justice. Jamais on n’a mieux montré quel abîme sépare le socialisme du libéralisme.

Dans la société politique ou l’état, l’auteur pose comme principes deux libertés, la liberté civile et la liberté publique. Sous le nom de la première, employé là peut-être un peu singulièrement, il entend cette sorte de liberté administrative et locale qui est l’opposé de la centralisation. Ce qu’il dit à ce sujet est excellent, quoique peut-être en restreignant ainsi la liberté civile il ait omis quelques-uns de ces droits du citoyen stipulés et consacrés par les codes de tout peuple vraiment civilisé. Il a du moins montré avec une grande évidence les inconvéniens et les dangers d’une administration ultracentralisatrice, et n’a rien négligé pour briser cette arme fatale, pliable également dans le sens du despotisme et dans le sens de l’anarchie.

Quant à la liberté publique, elle ne paraît pas à M. Simon exclusivement liée à telle ou telle constitution spéciale de gouvernement, mais elle l’est à toute constitution où de certaines formes sont observées, où de certaines garanties sont consacrées, où certains principes posés par l’assemblée constituante de 1789 ne sont pas seulement reconnus, mais mis en vigueur, où l’élection, la représentation, la presse, l’opinion, ont la place et l’autorité qui leur appartiennent.

Enfin, quand il se retrouve en face de la société religieuse, là où pour lui la foi et la science, œuvres spontanées de la raison libre, doivent seules régner, mais d’une autorité toute spirituelle, le philosophe rentre comme dans sa sphère, et l’on n’est point étonné que l’auteur du livre de la Religion naturelle rencontre de fortes raisons et des expressions persuasives pour établir de nouveau ces deux principes, la liberté des cultes et la liberté de penser.

Voilà donc sept libertés, ou sous sept noms différens une seule et