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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/310

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Voyons maintenant comment le XVIIIe siècle s’employa à détruire cette prépondérance et à rétablir autant que possible l’indépendance de l’Italie.


II.

Louis XIV mourut à Versailles le 1er septembre 1715. Beaucoup d’historiens disent que la politique de la France a changé à ce moment, et, selon les diverses opinions, ils louent ou ils blâment le régent de ce changement. C’est à lui qu’ils attribuent par exemple l’idée d’avoir fait de l’alliance de la France et de l’Angleterre le principe de la politique française. Je suis grand partisan de l’alliance de la France et de l’Angleterre : je ne demanderais donc pas mieux que d’attribuer au régent, prince qui avait de grands talens qu’il gâtait à plaisir par ses mauvaises mœurs, l’initiative de cette politique; mais je ne peux pas de bonne foi lui laisser cet honneur. Le principe de l’alliance anglaise est tout entier dans le traité d’Utrecht, ce traité qui sauva la France et qui lui déplut aussitôt qu’il l’eut sauvée, ce traité qui fit obtenir à l’Angleterre plus qu’elle n’avait demandé en commençant la guerre, et qui fut le sujet d’une accusation capitale dirigée contre les ministres qui l’avaient fait. Ne nous étonnons point de cette bizarrerie du sort. L’alliance de la France et de l’Angleterre est contraire aux vieux préjugés populaires des deux pays : c’est la politique de l’élite plutôt que de la foule, et comme cette alliance est fondée sur la mutuelle continence que s’impose l’ambition des deux pays, il est tout naturel que les passions en murmurent. Hors de cette alliance pourtant point de salut pour la paix en Europe. Ce qui a compensé les mauvais effets de la guerre de la succession, c’est l’accord de la France et de l’Angleterre au traité d’Utrecht. De là le caractère de ce traité, qui fut une transaction à peu près équitable, sauf en Italie, au lieu d’être l’anéantissement de la France et la suprématie de la maison d’Autriche. Ce qui au contraire, au commencement de notre siècle, a rendu si injustes et si difficultueux les traités de 1815, c’est la lutte entre la France et l’Angleterre. Il n’y a de justice ou d’équilibre en Europe qu’à l’aide de l’alliance de la France et de l’Angleterre. Le traité d’Utrecht contenait cette vérité. Le régent eut le mérite de la comprendre, de la défendre, et de l’appliquer à son temps et à sa situation. On a dit que l’abbé Dubois avait eu l’idée de l’alliance anglaise et l’avait fait adopter par le régent. L’abbé Dubois vit que l’alliance de la France et de l’Angleterre, fondée dans le traité d’Utrecht par les tories, pouvait fort bien se continuer avec les whigs, quoique les whigs attaquassent sans cesse ce traité. Voilà ce qu’on peut attribuer de mérite à l’abbé Dubois. Le traité de triple et de quadruple