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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/283

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IV.

Au-dessous de l’embouchure de l’Ohio, la plaine alluviale du Mississipi devient très large, et l’on dirait, à voir les bras nombreux formés autour des îles, que déjà le fleuve s’essaie à composer un delta. Jusqu’au confluent de la Rivière-Rouge, il y a plus d’une centaine de ces îles que l’on désigne ordinairement par leur numéro d’ordre pour s’épargner la peine de leur donner des noms. Elles changent de forme d’année en année, selon la hauteur des eaux et la direction du courant. Tantôt une de leurs pointes est emportée par une crue, tantôt le courant vient y creuser un golfe, ou les alluvions y déposent un promontoire. Un banc de sable arrête une branche de saule, cette branche se fixe dans la vase; puis, chaque inondation apportant de nouvelles alluvions et de nouvelles semences, il arrive que le banc de sable est au bout de quelques années devenu un bois de saules ou de peupliers. Ailleurs c’est une île que le fleuve dissout après l’avoir formée, et là où quelques jours auparavant existait une forêt, l’emplacement n’en est plus marqué que par des branches encore vertes flottant sur la surface de l’eau. Cependant il y a des îles très vastes, de plusieurs centaines de kilomètres carrés de superficie, que les siècles seuls pourront oblitérer. L’agriculture n’a pas encore osé s’en emparer; le sol en est trop bas et trop friable pour que les colons viennent y exposer leurs, travaux aux mouvemens imprévus du fleuve; on se contente d’y couper du bois pour les vapeurs du Mississipi.

A une trentaine de kilomètres au sud de l’embouchure de l’Ohio, la ville naissante de Hickman’s-Point groupe pittoresquement ses charmantes maisons sur les flancs d’une colline, l’une des quinze dont le Mississipi vient laver la base dans tout son cours de la ville du Caire jusqu’à la Balise, sur une longueur d’environ 1,800 kilomètres. Cette ville ne peut manquer d’avoir de l’importance, puisque c’est l’un des seuls points où les plateaux cultivés de l’intérieur se trouvent en contact avec le fleuve, dont partout ailleurs ils sont séparés par les forêts vierges et les marécages de la plaine. La colline où s’élève Hickman’s-Point a sur les autres hauteurs effleurées par le courant du Mississipi l’avantage d’être rapprochée de l’embouchure d’une grande rivière : c’est là que s’opère la jonction, sinon de deux fleuves, du moins de leurs vallées, et c’est là par conséquent que se trouve le vrai confluent commercial. Il y a quelques années, tous les échanges entre les états du Mississipi s’opéraient encore par eau, et c’est pour cela que les spéculateurs ont si longtemps cherché à fonder une ville à la pointe du Caire. Alors il n’y avait pas même de sentier le long des fleuves : aujourd’hui, il est