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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/241

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et ils ont également enlevé aux agitateurs belliqueux de l’Allemagne l’espoir de la protection de la marine anglaise, si la confédération germanique prenait part à la guerre. Leur faute est d’avoir défendu la paix avec tant de sévérité, qu’ils s’étaient en quelque sorte enlevé l’influence nécessaire pour tirer des incidens de la guerre un parti favorable à la réorganisation politique de l’indépendance italienne. Quant à la France, elle n’apparaît dans la négociation avec d’autre parti-pris qu’une sympathie avouée pour le sort de l’Italie. Elle aurait même accepté des solutions qui n’eussent point satisfait entièrement le Piémont : il lui eût suffi d’obtenir pour l’Italie un progrès, si petit qu’il fût, sous une sanction européenne. Lord Cowley, bien qu’il n’eût pas lieu d’être content que la proposition d’un congrès fût venue contrarier et frapper de stérilité la négociation qu’il avait ouverte à Vienne avec une application si zélée, lord Cowley rend plus d’une fois ce témoignage à la sincérité de la politique française.

Nous espérons fermement que cette modération dont il voulait faire preuve avant la guerre n’abandonnera point l’empereur après les grands succès de la campagne d’Italie. Ces succès nous coûtent cher sans doute ; ils sont achetés au prix d’un sang héroïque. Nous ne connaissons point encore les pertes que nous avons faites à Solferino ; nous apprenons seulement avec douleur qu’un des généraux qui se sont le plus illustrés à Magenta et à Solferino, le général Auger, n’a pas survécu à la blessure qu’il a reçue dans cette dernière bataille, où sont tombés aussi plusieurs généraux distingués du Piémont. Ces succès n’en ont pas moins prouvé une fois de plus, et avec une facilité merveilleuse, la puissance de la France. La meilleure garantie de la conservation de cette puissance, notre histoire ne nous l’a que trop appris, c’est de ne point la prodiguer et d’en user avec modération. Nous lisions récemment, dans un éloquent article du Quarterly Review sur les affaires d’Italie, que l’on attribue à M. Gladstone, et qui est inspiré de la plus intelligente sympathie pour l’indépendance et la liberté italienne, un mot bien fait pour flatter notre fierté nationale, mais aussi pour éveiller notre prudence. « La France est si puissante, disait l’écrivain anglais, que ce n’est pas trop, pour lui faire équilibre, de l’union de tous les autres peuples de l’Europe. » Nous n’aimerions pas à entendre répéter trop souvent un si menaçant éloge. Nous craindrions qu’il ne rallumât ces jalousies et ces pensées de coalition qui, à d’autres époques, nous ont été si funestes. Le vœu que nous formons, c’est que ce soit dans notre modération même que se trouve le contre-poids de notre force. Nous aurons besoin en effet de modération bien plus que de nouvelles manifestations de puissance pour consolider en Italie l’œuvre désintéressée de notre armée et pour achever de calmer l’effervescence de l’Allemagne, que la rapidité de nos succès commence, nous l’espérons, à refroidir.

En Italie, des difficultés peut-être plus grandes que celles de la guerre nous attendent, lorsqu’il s’agira de reconstituer politiquement la péninsule, affranchie de la domination autrichienne. Ces difficultés, nous l’espérons, ne se présenteront ni au midi ni au nord. Au midi, à Naples, les débuts du jeune roi permettent de croire que les abus de l’ancien règne ne reviendront pas. Une amnistie a déjà effacé de vieilles injustices ou fait cesser de cruelles