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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/234

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Au point de vue politique, tout le monde a également senti l’importance de cette victoire. Une des premières conditions qui nous puisse obtenir la localisation de la guerre, c’est que les progrès de la guerre soient rapides. Que rAutriche soit éconduite de l’Italie : plus ce résultat sera promptement réalisé, et moins nous aurons à craindre de voir la cause de l’Autriche recruter des auxiliaires. L’influence du fait accompli est souveraine en de telles occurrences. Lorsque nous aurons refoulé l’Autriche jusqu’à ses frontières germaniques, et lorsque l’Italie sera rendue aux Italiens, qui pourrait songer à prendre les armes pour restituer à l’Autriche une domination qu’elle n’aurait point su garder, pour replacer l’Italie sous le joug qu’elle aurait déjà secoué ? Croit-on par exemple que l’Allemagne elle-même, si aveuglée qu’on la suppose dans ses sympathies autrichiennes et dans ses préjugés anti-français, viendrait aider l’Autriche à reconquérir ce qu’elle aurait perdu, après avoir omis de lui prêter secours lorsque la tâche était bien plus aisée, lorsqu’il s’agissait simplement pour l’Autriche de conserver ce qu’elle possédait ? Les rapides succès qui feront la guerre courte la restreindront par cela même.

Tel est le premier avantage politique de victoires promptes, répétées, retentissantes, telles que Magenta et Solferino. Ce n’est point le seul. La rapidité de la guerre ne détournera pas seulement de l’Italie les coups d’ennemis nouveaux, elle lui gagnera des amis. Elle ne facilitera pas seulement la solution des difficultés diplomatiques, elle secondera la bonne solution des difficultés intérieures de la question italienne. Ces divers effets de la marche rapide de l’action militaire se montrent chaque jour. L’Angleterre est devenue plus favorable à la cause italienne à mesure qu’elle a vu se prononcer davantage la pente du fait accompli. Certes, au commencement de cette année, lord Palmerston et lord John Russell tenaient sur la perspective de la guerre et sur le respect des traités le même langage que lord Derby : comme le chef du gouvernement conservateur, ils blâmaient les tendances belliqueuses du Piémont. Tandis que les événemens marchaient, les discours de lord John Russell et de lord Palmerston devenaient plus franchement sympathiques à l’Italie. Chaque pas rétrograde, chaque échec des Autrichiens sur le terrain de la guerre a rendu plus sensible cette transformation des dispositions de l’Angleterre. L’on ne se tromperait pas en supposant que la victoire de Magenta et les mouvemens qui en ont été la conséquence en Italie n’ont point été étrangers à la chute de lord Derby. Lord Derby, n’ayant pas réussi dans ses louables efforts pour maintenir la paix, avait fini par maugréer contre tous les belligérans, et par les envelopper dans le même blâme chagrin. Après Magenta, cette abstention boudeuse n’était plus de saison. Il fallait se préparer à une situation nouvelle : il était visible que l’Italie serait affranchie, et qu’il faudrait veiller à sa réorganisation politique. Aussi le cabinet de lord Palmerston est-il composé des plus chaleureux amis du libéralisme italien, d’hommes qui, comme lord John Russell, M. Cobden, M. Gladstone, ont donné des gages anciens et nombreux à la cause de la liberté de l’Italie. Aujourd’hui donc, grâce à l’heureuse conduite de la guerre, l’affranchissement peut compter sur le concours moral déclaré de l’Angleterre. La puissance de ce concours moral se fera sans doute sentir au moment où il faudra ré-