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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/232

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.



30 juin 1859.

Unissons-nous d’abord à cette unanime manifestation de joie et d’orgueil qui a salué la victoire de Solferino. La guerre, il faut l’avouer, est pour la France une fête. Sans doute il ne manque point parmi nous d’esprits sensés qui éprouvent au contrôle de la raison les motifs d’une guerre tant que le pays demeure libre de choisir sa conduite, ni d’intérêts considérables et respectables qui résistent aux entraînemens militaires tant que la paix peut être conservée ; mais devant une nécessité supérieure les dissentimens s’effacent. Le vieux sang français retrouve son éternelle jeunesse, la France s’abandonne à l’ivresse des batailles : elle respire tout entière le souffle héroïque qui anime ses soldats. Ne parlez plus en de telles circonstances de ces accusations enfantées par l’esprit de parti, par lesquelles l’on imputerait à des adversaires une insensibilité impardonnable pour les intérêts et la gloire de la patrie. L’unanimité que nous venons de voir réfute noblement cette injustice ; elle révèle dans cette nation et à son honneur une force généreuse et une vertu que les vicissitudes politiques n’ont pu altérer.

Il ne nous est point permis d’apprécier avec précision les résultats militaires de la victoire de Solferino. Il faudrait pour cela non-seulement connaître les détails du combat, qui n’ont point été réunis encore ; il faudrait savoir aussi pourquoi cette bataille a été livrée par les Autrichiens, dans quel état elle a mis leur armée, et jusqu’à quel point elle peut compromettre la défense des forteresses du quadrilatère. La résolution qui a porté les Autrichiens à repasser le Mincio et à nous offrir la bataille sur la rive droite est peu facile à expliquer : elle entre bien dans ce caractère contradictoire qui a marqué la direction de l’armée autrichienne depuis le commencement de la guerre. Pour envahir le Piémont, l’Autriche ne craint point de s’aliéner les puissances qui lui avaient été le plus favorables dans les négociations et de braver l’opinion publique de l’Europe. L’on s’attend à la voir du moins tirer de cette témérité politique tout le pro-