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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/224

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Ne sommes-nous pas bien près d’être d’accord? Non; rappelez-vous les propositions que l’auteur a formulées au début : « Pour nous, il n’y a qu’une seule question, la question du Slesvig-Holstein. En présence d’un intérêt comme celui-là, tout autre intérêt est secondaire... Que l’Autriche défende avec la Prusse les droits des duchés allemands contre le Danemark, alors il pourra se former entre la Prusse et l’Autriche une alliance fructueuse pour toutes les deux... » Lorsque je résumais ces singulières pages de l’écrivain prussien par ces mots : « Aidez-nous à délivrer le Slesvig, nous vous aiderons à opprimer l’Italie, » je ne disais rien de trop assurément. Cette préoccupation des affaires du Slesvig va reparaître au moment où l’on s’y attend le moins et déranger tous les sages raisonnemens du publiciste. Que lui importent les contradictions? Écrivain loyal et libéral, que lui font désormais les principes de justice et de liberté? Lorsque ces ressentimens de la question danoise se réveillent au cœur des Allemands du nord, on dirait qu’une sorte d’ivresse les aveugle. Si vous ne tenez pas compte de cette irritation que leur cause une plaie toujours ouverte, il vous sera impossible de comprendre l’aspect inattendu que va prendre le débat.

L’auteur disait à la Prusse : Résistez à l’agitation des états secondaires. Ne vous jetez pas follement entre les bras de l’Autriche. Que la Bavière et la Saxe, le Hanovre et le Wurtemberg deviennent les vassaux de la maison de Habsbourg, c’est déjà un assez grand malheur pour l’Allemagne. Restez Indépendante, maintenez les traditions de la Prusse! Point de guerre en Italie! point de guerre illibérale! Qu’y a-t-il de commun entre l’Autriche et nous sur le terrain de la péninsule? — Mais citons quelques-unes de ses paroles :

« Aucun état n’a autant sujet que la Prusse d’être mécontent du congrès de Vienne, aucun n’a autant de motifs pour désirer la réforme radicale de l’œuvre que ce congrès a produite. Le congrès de Vienne a donné à la Prusse une forme qui est une véritable monstruosité. Cet état, qui, par les souvenirs de son histoire et aussi par la reconnaissance formelle des autres états, est une grande puissance européenne, est moins en mesure de mouvoir ses membres que ne le sont le Hanovre ou le Mecklembourg. Nul lien, nulle cohésion entre les provinces qui composent son territoire : la mer lui a été fermée de tous côtés; elle ne peut pas même avoir une politique commerciale conçue et suivie régulièrement sans le bon vouloir de ses voisins, et si, à titre de grande puissance européenne, elle a le droit souverain de déclarer la guerre, elle ne peut pas même la faire contre le Danemark ou la Suisse. Le congrès de Vienne l’a mise dans la nécessité de chercher autour de soi les moyens de s’arrondir, et une conséquence de cette situation, c’est que les états secondaires et les petits états de l’Allemagne la surveillent tous avec défiance, — défiance très justifiée, il faut bien le dire, puisque la Prusse, dans la situation où l’a placée le congrès de Vienne, doit nécessairement concevoir les désirs qui font ombrage aux princes allemands. Une