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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/221

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dans les états de l’église, etc., et qu’il y en a un très grand au contraire à voir cesser cette hégémonie, qui nous entraîne perpétuellement dans les complications les plus funestes. Osons-le dire : ce qui pourrait arriver de plus heureux à l’Autriche, ce serait d’être déchargée de ce fardeau; alors enfin elle pourrait penser peu à peu à mettre ses finances en règle. Au surplus, pour ce dernier point, cela ne regarde que l’Autriche... » Cela ne regarde que l’Autriche! Cela regardait aussi, convenez-en, et la Toscane, et Modène, et surtout la Lombardie et la Vénétie; mais on ne s’est pas mépris sur la pensée de l’écrivain : que l’Autriche garde ou ne garde pas l’espèce de direction supérieure qu’elle s’est arrogée sur les états italiens, l’Allemagne ne doit pas s’en soucier. Voilà ce que dit le Messager de la Frontière. Tout à l’heure il en dira plus encore, lorsque, voyant la guerre sur le point d’éclater, il s’écriera : « Si nous devons être engagés dans la formidable lutte qui s’annonce, que ce soit pour un intérêt allemand. Quant à donner notre sang et notre or pour maintenir les gouvernemens italiens tels qu’ils sont constitués à présent, nous ne le voulons pas, non, ni aujourd’hui, ni demain, ni jamais. »

Mais cette guerre toute locale, tout italienne, cette guerre qui ne regarde pas l’Allemagne, comme le reconnaît avec tant de bon sens et de loyauté le publiciste prussien, n’y a-t-il pas une puissance qui est tenue de s’y intéresser? Si le conflit éclate, la France est-elle libre de ne pas y prendre part? Peut-elle souffrir que les états italiens, dominés déjà par l’Autriche, deviennent de plus en plus ses vassaux? L’écrivain prussien n’est pas de cet avis. Sa haine de la France reparaît ici sous la forme la plus vive. Par instans, à la vérité, il semble que ses accusations ne s’adressent pas à la France elle-même; c’est au chef de l’état qu’il s’attaque, et le nom seul de Napoléon, réveillant tant de souvenirs douloureux pour l’Allemagne, fait éclater dans le cœur du publiciste toutes les colères de 1813. Il y a là une polémique dont le simple exposé, on le comprend sans peine, nous serait absolument impossible. Je remarque seulement que, dans les alternatives de son émotion, l’auteur se réfute lui-même d’une semaine à l’autre. Après avoir rejeté sur un seul homme en Europe la responsabilité de la guerre, il est forcé de convenir, quelques jours plus tard, que les autres familles souveraines de notre pays ont adopté aussi la cause embrassée par l’empereur des Français. Il rappelle que le duc de Chartres a pris du service dans l’armée sarde, et que le comte de Chambord, aussitôt la guerre déclarée, a quitté le sol autrichien. C’est donc la France qui est en cause, c’est la politique de la France qu’il faut justifier ou combattre; quel que fût le gouvernement de notre pays, un jour ou l’autre, les accroissemens continuels et la marche ténébreuse de l’Autriche en Italie eussent forcé la France à tirer l’épée. Le Messager de la Frontière, qui se contredit ainsi lui-même et nous fournit les moyens de le réfuter, n’est pas frappé de ce raisonnement. Il persiste à attaquer la France, à lui attribuer des pensées de derrière, comme dit Pascal,