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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/218

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phera de l’autre? Qui l’emportera, de la colère ou de la justice? Le résumé de cette discussion va nous l’apprendre. L’auteur écrit au jour le jour, sous le coup des événemens, sous la pression des sentimens qui agitent son pays. Avec son mélange de vérités et d’erreurs, avec ses inspirations loyales et ses contradictions fiévreuses, ce programme des esprits libéraux éclaire plus vivement que toutes les notes diplomatiques la véritable situation de la Prusse et les conséquences nécessaires du parti qu’elle va prendre.

Dès le début de l’agitation allemande du centre et du sud-ouest, dès la première explosion de ces fureurs qui soulevaient contre nous la Saxe, la Bavière, le Wurtemberg, les grands et petits duchés, et les enchaînaient sans conditions à la politique autrichienne, le rédacteur du Messager de la Frontière, au nom du patriotisme et du bon sens, oppose une résistance très vive à ces mouvemens aveugles du vieux teutonisme. Il ne craint pas d’attaquer le parti libéral et démocratique. Vers la fin du mois de février, M. de Lerchenfeld, chef de l’opposition dans la chambre des députés de la Bavière, avait demandé au gouvernement d’interdire l’exportation des chevaux; la proposition, assez insignifiante en elle-même, était surtout une matière à discours dirigés contre la France, un prétexte à manifestations teutoniques. La manifestation eut lieu, les discours ne manquèrent pas, et celui de M. de Lerchenfeld, pour n’en citer qu’un seul, fut applaudi comme un acte de haute politique et un chef-d’œuvre d’éloquence. Le publiciste prussien fut d’un autre avis. Voici comment il s’exprime dans le Messager de la Frontière, la mercuriale est bonne à répéter : « Nous avons lu avec une véritable stupéfaction le discours de M. de Lerchenfeld. D’abord, il est vrai, l’orateur parle de la possibilité d’éviter la guerre, si l’Allemagne entière déclare énergiquement et résolument le parti qu’elle prendra le jour où la paix sera rompue; mais bientôt voici venir des fantaisies dans le ton de la chanson du Rhin de M. Becker. La guerre, s’écrie-t-il, est inévitable, et plus elle sera longue et sanglante, plus aussi ses résultats seront grands et assurés. L’Allemagne en sortira aussi forte au dehors que puissamment unie au dedans. Certes, ce sera une guerre sanglante, et selon toute vraisemblance l’Allemagne sera seule à la soutenir. Qu’importe? elle sera seule aussi à faire la paix, et elle ne déposera pas les armes que l’ennemi ne soit complètement humilié et mis dans l’impuissance de troubler désormais la paix de l’Europe. » Voilà de grosses paroles, plus ridicules qu’effrayantes. Ce chef de l’opposition bavaroise ne s’aperçoit-il pas qu’il fait des emprunts à la fameuse proclamation du duc de Brunswick en 1792? Si ces menaces signifient quelque chose, elles signifient sans doute le démembrement de la France. Cette conformité de la proclamation du duc de Brunswick et de la harangue de M. de Lerchenfeld n’a pas échappé au Messager de la Frontière. Laissons répondre l’écrivain prussien ; ses paroles en telle matière auront plus d’autorité que les nôtres. « Lorsque le poète George Herwegh sommait le roi de Prusse de conduire son peuple à la