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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/217

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d’Olmütz, par lequel le Slesvig-Holstein a été livré au Danemark, et la Hesse-Cassel à M. Hassenpflug. Si l’Autriche espère aujourd’hui que la Prusse, dans la question italienne, voudra bien consentir à être l’aveugle instrument de sa politique, c’est tout au moins une grande naïveté. Que l’Autriche nous prouve d’abord par des faits ses sympathies allemandes, qu’elle défende avec la Prusse les droits des duchés allemands contre le Danemark, qu’elle cesse de combattre la Prusse en Allemagne par toute sorte de petites intrigues, alors il pourra se former entre la Prusse et l’Autriche une alliance fructueuse pour toutes les deux, alliance qui ne sera pas restreinte aux affaires de la confédération, mais qui s’étendra aussi à la politique extérieure. » On ne sait pas assez en France combien cette question du Slesvig-Holstein tient au cœur de l’Allemagne du nord. Voilà, je crois, un témoignage assez énergique de la passion qui la transporte. On vient d’entendre un écrivain libéral : au moment même où il défend ce qu’il croit être le droit, il s’engage à soutenir sur un autre point la violation du droit : « Aidez-nous à délivrer le Slesvig, nous vous aiderons à opprimer l’Italie. »

Si ardente qu’elle soit, cette passion germanique, elle n’empêche pas le publiciste prussien de voir clair, quand il le veut bien, dans la question italienne. Un phénomène étrange, révélé par cette discussion avec une naïveté parfaite, c’est que deux inspirations absolument opposées se disputent le cœur des Allemands du nord, tantôt une colère furieuse, aveugle, prête aux dernières iniquités, tantôt un viril sentiment du droit et de la justice. Ces deux passions se mêlent, s’entre-croisent, luttent ensemble dans le plus singulier des conflits. Laquelle des deux l’emportera? Il n’est pas facile de le deviner, quand on s’en tient aux premières pages. La colère qui anime ces curieux articles est réveillée sans cesse et de la façon la plus amère par le souvenir des humiliations que la Prusse a subies depuis dix ans, humiliations que l’auteur impute à tout le monde, à l’Autriche d’abord, à la Russie, à la France, même aux traités de 1815, au congrès de Vienne, qui a fait à la monarchie de Frédéric le Grand une position si dépendante, au pacte fédéral, qui l’a rendue presque impuissante au dedans et au dehors. Voilà des ressentimens bien tumultueux, et quand on voit l’organe de l’opinion libérale en Prusse demander si ardemment que le pacte fédéral soit déchiré, la Prusse agrandie, l’Allemagne entière reconstituée sur d’autres bases, il est permis de craindre que des passions tout à fait étrangères à la question italienne ne viennent compliquer encore les difficultés pendantes et n’empêchent la justice de se faire jour. D’un autre côté, le sentiment du droit se réveille çà et là chez le publiciste avec une vivace énergie ; l’auteur se rappelle par instans qu’il s’agit de l’indépendance du peuple italien, et bien qu’il laisse entrevoir le désir d’utiliser la guerre en faisant payer cher à l’Autriche l’alliance de la Prusse et l’appui efficace de l’Allemagne, il est manifeste pourtant que l’idée de faire cause commune avec les oppresseurs de l’Italie révolte son âme loyale. Encore une fois, lequel de ces deux sentimens triom-