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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/214

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LA PRUSSE
ET
L’AGITATION ALLEMANDE



Nous adressons ces pages aux publicistes de l’Allemagne, c’est-à-dire aux écrivains de la presse, aux députés des chambres, aux professeurs des universités, à tous les esprits élevés qui, par la plume ou par la parole, peuvent exercer une action, à quelque degré que ce soit, sur les sentimens publics. Les intrigues de l’Autriche et les déclamations de ses agens embrouillent à plaisir une question posée par la politique et l’histoire avec une précision lumineuse. Il n’est que trop facile de réveiller les défiances et de rallumer les vieilles haines des peuples germaniques; nous voudrions rappeler l’Allemagne à elle-même. Que ceux qui veulent la tromper pour l’asservir un jour exploitent perfidement les généreuses passions d’un autre âge, c’est le rôle qui leur convient; nous croyons mieux servir les intérêts de l’Allemagne en faisant appel à sa raison, à sa justice, en invoquant la dignité intellectuelle et morale d’une grande race.

Un poète allemand de ce siècle, dans un accès de colère, a prononcé un jour ces injurieuses paroles : « Les Allemands, depuis 1813, font grand bruit de leur patriotisme ; ils le vantent et l’étaient à tout propos. Savez-vous ce que c’est que le patriotisme des Allemands? C’est la haine de la France. Retranchez-en cette haine, il ne reste plus rien. » Ce jugement est faux, j’en atteste le travail d’idées accompli depuis quarante ans au sein des lettres germaniques. Le patriotisme allemand aujourd’hui n’est plus cette effervescence bizarre qui suivit le vigoureux élan de 1813 ; ce n’est plus cette haine de la France mêlée de superstitions teutoniques, de réminiscences du moyen âge, qui se déploya de 1815 à 1830, et servit à souhait la réaction de l’ancien régime.