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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/202

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L’avantage de la royauté héréditaire est précisément d’écarter ces dangereuses conjonctures où un homme peut se présenter comme nécessaire et seul capable de sauver un pays. Si c’est par condescendance pour la révolution triomphante et par égard pour l’opinion que l’on se crut obligé à une dérogation aux lois fondamentales de l’état, ne sent-on pas quel principe de faiblesse on introduisait par là dans le régime nouveau?... Et qu’on ne dise pas que ce sont là des théories spéculatives, bonnes pour les casuistes de la politique, théories que l’homme d’action, uniquement attentif aux besoins du moment, doit dédaigner. Les principes abstraits, en apparence sans application en ce monde, sont au fond les plus grandes réalités, puisqu’ils renferment la logique et la raison des faits. Le temps, je le sais, a des remèdes pour toutes les blessures : le droit a commencé par être le fait, et dans un pays où les événemens auraient été moins assujettis que dans le nôtre à une rigoureuse conséquence, il n’est pas douteux que le régime le plus désirable eût été consacré par la durée, marque assurée du vœu national. La durée malheureusement a ses caprices. Une modération exemplaire, des prodiges d’habileté, de nobles dévouemens ne purent sauver un gouvernement sans reproche, qui se débattait contre un mal dont il n’était pas coupable. Son honnêteté même ne fut qu’une cause de faiblesse de plus dans une situation qui ne pouvait être sauvée que par l’audace. La plus grande faute que puissent commettre les personnes réservées est de se mettre dans des positions où il faut pour réussir des défauts qu’elles n’ont pas. Si Louis-Philippe eût été un tyran, il eût duré peut-être. Honnête comme il l’était, il crut devoir se retirer devant la manifestation même la plus équivoque de la volonté nationale : fatale situation des peuples qui mettent en question leur dynastie, ou plutôt crime des dynasties qui forcent les nations à douter d’elles! L’avènement d’un prince qui à beaucoup d’égards ne peut être comparé qu’à l’exemplaire Charles V inaugura dans les questions de droit constitutionnel le dangereux régime de l’à-peu-près, déchira le pacte d’unité de la nation, accoutuma les Français à répondre par un sourire superficiel quand on leur parle de questions de principes, et enracina cette opinion que les chartes, les traités, les constitutions, tous les sermens en un mot, ne sont bons à respecter que tant qu’on n’est pas assez fort pour les violer.


III.

Avec cette blessure au cœur, comment le gouvernement du roi Louis-Philippe fit-il face aux difficultés nombreuses qui l’assailli-