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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/150

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en route. Puissions-nous trouver dans l’abondante moisson de récits que fera lever la dernière guerre de Chine quelques épis nouveaux! Nous sommes rassasiés des nids d’hirondelles, des queues, des petits pieds, des bateaux de fleurs et de mille autres chinoiseries de même espèce qui ont défrayé jusqu’ici les relations des voyageurs. Le public, qui connaît tout cela, est devenu plus exigeant; il réclame, et avec raison, des impressions originales, des observations plus neuves, des vues plus profondes sur la nation chinoise. On doit espérer que ce désir si légitime sera satisfait. Voici un recueil de lettres qui a pris les devans sur la grande avalanche dont nous sommes menacés. Écrite au jour le jour, sous le coup des événemens et des incidens qui ont marqué la première partie de la campagne, cette correspondance montre bien le parti qu’un esprit intelligent peut tirer d’un séjour de quelques mois en Chine. Populaire en Angleterre, elle mérite d’être connue en France, où les journaux en ont déjà traduit plusieurs extraits.

L’auteur, M. George Wingrove Cooke, n’est ni missionnaire, ni diplomate, ni militaire, ni artiste, ni commerçant, ni l’un de ces touristes amateurs qui courent le monde à la piste des aventures, et cependant il nous parle tout à la fois religion, diplomatie, guerre, monumens, négoce, et mille autres choses encore. C’est un causeur universel. Aucun fait, aucun détail ne lui échappe. Il assiste à tous les combats, il est dans le secret des négociations, il tient sa place dans toutes les cérémonies, et à mesure que se déroulent les différentes scènes du drame dont la Chine vient d’être le théâtre, il prend la plume, et lance vers l’Angleterre, par la prochaine malle, ses feuillets encore humides. Pour tout dire, en un mot, M. Cooke est le correspondant du Times.

On sait que le journal anglais a posté dans toutes les capitales de l’Europe des sentinelles en permanence qui lui transmettent par chaque courrier les nouvelles et jusqu’aux plus vagues échos de l’opinion. Le bataillon des own correspondents appartient à l’armée régulière de la presse britannique; il se déploie en tirailleurs, l’oreille au guet et la plume en main, expédiant rapports sur rapports au général en chef, qui de Londres adresse les mots d’ordre et dirige les mouvemens. Combien de fois la diplomatie officielle s’est-elle vue devancer par la correspondance du Times ! Mais ce n’est pas tout. Sitôt que sur un point du monde se préparent ou s’accomplissent des événemens qui fixent l’attention du public, apparaît le special correspondent, la variété la plus élevée du genre. Ce haut dignitaire de la presse anglaise n’entre en campagne que dans les grandes occasions. Il faut pour le moins un corps d’armée ou une ambassade extraordinaire pour qu’il daigne se mettre en route. Il était en Crimée, il était au couronnement de l’empereur