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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/140

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prison. Lorsqu’on reprit le procès au milieu du mois de juin, Filhot se résigna à reconnaître la compétence du tribunal devant lequel il était traduit, afin de gagner du temps. Il subit donc son interrogatoire; on le confronta avec son dénonciateur, on lui promit sa grâce s’il voulait nommer ses complices; on l’assura que Dussaut était pris et qu’il avait tout avoué, qu’il n’avait donc plus aucune raison de taire la vérité. Filhot persista à ne rien dire, ne sachant point si Dussaut n’avait pas failli, mais bien décidé lui-même à faire son devoir jusqu’au bout et à garder la foi jurée. On commença par décider qu’il serait mis à la question ordinaire et extraordinaire. Ayant fait un faux pas en descendant l’escalier de sa prison, il tomba de quinze ou vingt marches; on fut obligé de le relever dans le plus triste état, et on dut le tenir sous les bras pour le mener dans la chambre de la question. Le médecin, commis pour assister à ce supplice, lui trouva de la fièvre et ordonna une saignée. Les commissaires de l’Ormée, parmi lesquels était Duretête, ne voulurent accorder aucun sursis. Filhot, n’espérant pas survivre aux tourmens qu’il allait endurer, demanda un notaire et un confesseur. On les lui refusa, et on l’appliqua immédiatement à la question. Comme on avait un immense intérêt à bien connaître la conspiration qui avait pensé réussir, pour faire parler Filhot, on prolongea l’épreuve bien au-delà du temps accoutumé. L’Ormée se sentait sérieusement attaquée, et elle était résolue à jouer le tout pour le tout. Les salles de l’hôtel de ville étaient remplies de sicaires armés qui attendaient les aveux de Filhot pour aller sur-le-champ saisir les complices qu’il désignerait. On répétait tout haut qu’il ne fallait épargner personne, pas même le prince de Conti. On prolongea donc le supplice de Filhot, dans l’espoir que l’extrême douleur vaincrait son silence, et qu’il lui échapperait des aveux dont on brûlait de profiter. L’infortuné supporta pendant quatre heures entières des tourmens affreux. Une blessure qu’il avait reçue autrefois se rouvrit par la violence de la souffrance, mais l’âme plus forte que le corps résista, et l’intrépide vieillard (car il avait soixante ans) étonna ses bourreaux par sa constance. N’en pouvant rien tirer, ils le laissèrent à demi mort. Sa malheureuse femme put s’emparer de ce cadavre auquel il restait à peine un souffle de vie, et elle le ranima à force de tendresse et de soins. Quelques mois après, il sortit de prison accablé d’infirmités et le bras en écharpe pour le reste de ses jours. Toute sa récompense fut la translation de sa charge de trésorier de France de Montauban à Bordeaux, avec une pension de 1,800 livres réversible à ses enfans et la permission de porter une fleur de lis dans ses armes. Plus tard, Louis XIV, passant par Bordeaux à l’époque de son mariage et de la paix des Pyrénées, voulut voir Filhot, et, com-