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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/1021

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de l’Italie soit assuré par l’application aux populations affranchies de la péninsule des institutions libérales et parlementaires, qui sont l’honneur et qui ont fait la fortune du Piémont, et il faut que les nouveaux arrangemens auxquels la paix donnera lieu dans la péninsule obtiennent la sanction des grandes puissances, et fournissent par conséquent un moyen naturel de reconstituer le concert européen. — La question italienne est en ce moment posée sous ces deux faces : elle comprend une question intérieure et une question extérieure qui sont unies par une étroite solidarité. Ce n’est pas seulement dans la conférence de Zurich que ce débat solennel s’agite. La question intérieure d’Italie est engagée par les populations elles-mêmes de l’Italie centrale, et pour que la question extérieure soit résolue, pour qu’un congrès européen ratifie les nouveaux arrangemens de la péninsule, il est nécessaire que la question intérieure soit réglée à la satisfaction des populations de l’Italie centrale, car il n’est pas vraisemblable que l’Angleterre voulût prendre part à un congrès, si l’on prétendait n’y point tenir compte des vœux de ces populations.

Il serait difficile de parler avec quelque certitude de ce qui s’est passé jusqu’à présent entre les négociateurs réunis à Zurich. L’armistice, qui expirait le 15 août, a été prolongé indéfiniment. Les questions que les représentans des trois puissances ont à résoudre sont d’une telle gravité, qu’elles devront entraîner de longues discussions. De ces questions, la plus importante à nos yeux, celle qui en ce moment excite le plus d’intérêt dans l’opinion, est celle que soulèvent la restauration projetée à Villafranca des archiducs autrichiens dans les duchés et les rapports du saint-père avec les légations. Les intérêts et les vœux des peuples des duchés et des légations auront à la conférence pour représentant naturel le ministre piémontais. Il ne faudrait pas en effet considérer comme un abandon de ces intérêts par la Sardaigne le rappel des commissaires piémontais dans les duchés, qui a coïncidé avec l’ouverture de la conférence. Cette mesure était prescrite, en quelque sorte par les préliminaires de Villafranca, dont on ne pouvait point ne pas tenir compte au moment où l’on allait s’occuper de les transformer en traité définitif. Du côté des légations, le Piémont a conservé sa liberté, et nous apprenons qu’il ne craint pas d’en user. Dès que la nouvelle de la prolongation de l’armistice a été connue à Turin, l’on aurait envoyé l’ordre aux intendans sardes dans les légations de rester à leur place, ou d’y rentrer si, obéissant à un ordre précédent, ils avaient déjà effectué leur retraite. Mais il ne nous appartient pas de percer le mystère des conférences de Zurich, et c’est par les actes publics dont les duchés sont le théâtre que nous devons essayer, pour le moment, de pressentir l’avenir de l’Italie centrale.

Une préoccupation grave a été, dès le principe, écartée au sujet de la restauration des archiducs autrichiens dans les duchés : en aucun cas, les forces de l’Autriche et de la France ne seront employées pour accomplir cette restauration. De nouvelles déclarations de lord John Russell et de lord Palmerston, dans les récens débats du parlement anglais, ont mis ce point hors de doute. Le concours d’une force étrangère sera-t-il prêté aux princes d’une façon indirecte ? La presse autrichienne a l’air de le croire : elle donne à entendre que le temps viendra à bout des résistances qui s’organisent dans les duchés. Compter sur le temps, c’est mettre son espoir dans les incidens