Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/1012

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


RESURRECTION



I


Quand tous près d’un mourant s’endorment dans l’erreur,
Et que survient la Mort, qui d’un doigt froid le touche,
Un silence aussitôt se fait, et sur la couche
Se penchent les parens effarés de terreur.

Tout se taisait ainsi. Sur la campagne austère,
On sentait qu’autrefois la vie avait passé ;
Mais rien ne soulevait son sein vide et glacé,
Et les germes dormaient emprisonnés sous terre.

Alors, comme à la lèvre une amère liqueur,
En face du ciel gris, des champs trempés de boue,
Et des bois éplorés que la bise secoue,
Un regret douloureux monta jusqu’à mon cœur.

Dans la rosée, à l’aube, adieu les longues courses
Avec une amoureuse, alors que les oiseaux
Chantent au bord des nids, et que sous les roseaux
Par un babil charmant se trahissent les sources !
Plus de soleils brillans à l’horizon vermeil !
Ainsi que des captifs qui reprennent leurs chaînes,
Les nymphes, à l’étroit dans l’écorce des chênes,
Déjà depuis longtemps ont repris leur sommeil.