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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/968

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posé à laisser entre les cadres et le nombre des hommes gardés sous les drapeaux, et c’est sur ces observations que le gouvernement a consenti à augmenter de quelques milliers de soldats l’effectif arrêté dans son premier projet. La notoriété réduit également aux proportions les plus modérées nos arméniens maritimes. L’Angleterre, à la fin de la guerre d’Orient, est restée avec une flotte formidable ; tout le monde sait au contraire que la guerre d’Orient avait laissé la France dans un état d’appauvrissement maritime sur lequel nous ne pouvions nous endormir sans manquer aux premières notions de la prudence et au sentiment de notre dignité. Nous avions à reconstituer notre matériel naval, nous avions à opérer la transformation de notre flotte en adaptant la vapeur à nos vaisseaux à voiles. C’est à ce travail de réparation et de reconstitution du matériel naval que se bornent les efforts de la France depuis la paix. Voilà la vérité des faits. Quant aux causes morales où le Times puise la justification de ses inquiétudes, nous ne les croyons pas plus réelles. Il faudrait enfin cesser d’attribuer à la France entière les manifestations intempérantes qui ont ému la nation anglaise il y a plusieurs mois. — Le poids des intérêts, le sentiment élevé de la civilisation, le bon sens honnête, auront toujours une influence prépondérante sur les résolutions de la France, et sont une meilleure garantie conte les inquiétudes que l’on s’efforce périodiquement de répandre en Angleterre que des millions gaspillés pour le stérile armement des côtes britanniques.

Nous avions laissé, il y a quinze jours, la politique intérieure de l’Angleterre dans une situation aussi bizarre que neuve, à laquelle on chercherait vainement des précédens à travers l’histoire parlementaire de ce pays. Cette situation se dessine chaque jour davantage dans le sens que nous avons indiqué. Elle est assez intéressante pour qu’il vaille la peine d’en marquer avec plus de précision les tendances caractéristiques.

Le cabinet de lord Derby ne sera décidément point un accident et un simple interrègne entre deux ministères de lord Palmerston. Il vivra du moins jusqu’à la prochaine session, et son existence donnera lieu à un déclassement et à un reclassement des partis qui divisent la chambre des communes. L’habile chef du ministère et du parti tory dans la chambre des communes a eu, comme tacticien, le mérite de comprendre le parti qu’on pouvait tirer de cette crise des alliances politiques. Il l’a peut-être hâtée en laissant voir, pendant la discussion de la motion de M. Cardwell, la perspective d’une dissolution ; mais elle était depuis longtemps dans la nature des choses, et devait éclater inévitablement un jour. Elle n’a plus maintenant qu’à se développer : elle finira, lorsque de nouvelles combinaisons se seront formées et cimentées, par une infusion nouvelle et rajeunissante de sève démocratique dans l’antique constitution anglaise.

Le caractère actuel de cette crise parlementaire, c’est la scission opérée entre le groupe des libéraux indépendans et des radicaux et les divers groupes qui se rallient autour de lord Palmerston et de lord John Russell. Les froissemens qui ont peu à peu divisé ces deux grandes fractions du parti libéral anglais sont d’ancienne date : ils proviennent de questions de principes et de questions de personnes. La session qui a son origine dans les questions politiques s’explique aisément. Il y a dans le libéralisme an-