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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/965

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toute la chaleur de leur amitié, — de même, disent les Viennois, une fois la conférence finie, et quelle que soit la cause qui triomphe, l’Autriche et la France se retrouveront dans les meilleurs termes. Nous acceptons bien volontiers cette assurance du Journal de Francfort ; mais n’est-il point plaisant de voir l’Autriche se poser en interprète et en champion exclusif de la politique de la guerre d’Orient ? L’Europe n’a donc rien compris à cette lutte, qui a coûté à la France et à l’Angleterre tant de sang et de millions. C’est l’Autriche qui a posé des ultimatums à la Russie, l’Autriche qui l’a forcée à repasser le Pruth, l’Autriche qui a pris Sébastopol !… Sérieusement, si le cabinet de Vienne avait les visées qu’on lui prête, nous lui conseillerions d’envisager sa situation actuelle avec plus de modestie. Nous ne sommes point de ceux qui, pendant que sévissait la guerre d’Orient, se sont mépris sur les vraies tendances de la politique autrichienne ; nous avons été des premiers à reconnaître les services que le cabinet de Vienne rendait alors à sa manière à la cause occidentale et à la politique qui plaçait l’épée de la France au service de l’équilibre européen ; mais plus nous avons mis alors de complaisance et d’équité à pardonner à l’Autriche ses tergiversations apparentes et sa timide inaction militaire, plus nous serions révoltés de l’outrecuidance du cabinet de Vienne, s’il se targuait d’être aujourd’hui le seul champion de l’équilibre, et s’il avait l’injustice de méconnaître non-seulement l’importance du rôle que la guerre d’Orient assigne à la France, mais les devoirs généreux que cette guerre nous a légués. Nous ne saurions l’oublier : en maintenant un empire musulman contre les usurpations de la Russie, nous avons contracté envers les populations chrétiennes qui couvrent cet empire des devoirs impérieux et sacrés. Notre honneur ne permet point que l’empire ottoman, après avoir été couvert par nos armées et nos flottes victorieuses, fasse un sort plus misérable qu’autrefois aux populations chrétiennes. Conserver au nom de l’équilibre une souveraineté musulmane au milieu de millions de chrétiens et en même temps relever le moral de ces chrétiens, faire respecter leurs droits, seconder leurs progrès, c’est assurément une tâche difficile, la plus difficile peut-être qui ait été imposée à la politique moderne. Cette œuvre ne peut s’accomplir par des coups de violence ; elle demande une rare combinaison de patience et de fermeté, une vigilante sollicitude, un esprit d’autorité et de conciliation. Telle qu’elle est cependant, avec ses difficultés et malgré ses contradictions apparentes, il faut que cette tache s’accomplisse. Le gouvernement de la France, nous n’en doutons point, comprend en cela sa vraie mission, et il n’y aurait qu’à le féliciter si c’est sa résolution à la remplir qui lui vaut aujourd’hui les ridicules sarcasmes de la presse autrichienne.

La presse autrichienne continue aussi de se livrer aux conjectures de toute sorte à propos du Monténégro. Chacune des circonstances du conflit provoqué si légèrement par la Turquie est discutée et commentée dans un sentiment peu favorable soit aux Monténégrins, soit aux puissances qui se sont interposées entre eux et la Turquie. Nous avons déjà dit que le cabinet de Vienne, tout en regrettant certainement que le débat n’ait pas pris une autre tournure, ne paraît pas cependant partager les appréciations des journaux autrichiens. Nous répéterons que si, du point de vue de la politique géné-