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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/954

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du Soudan central. Son origine n’est pas très ancienne : la portion du Soudan où elle s’élève subissait, depuis environ un siècle, les influences de l’islamisme, qu’y avaient apporté les Almoravides, quand, dans le VIe siècle de l’hégire, une femme tawareke da nom de Buktu vint, à ce que racontent les traditions locales, s’établir dans une petite oasis près du Niger. La belle situation du lieu à proximité du fleuve et sur la lisière du désert et du Soudan, entre des peuplades agricoles et des tribus nomades et commerçantes, le prédestinait à autant de grandeur qu’en peuvent espérer les villes de l’Afrique centrale. Des huttes se groupèrent autour de celle de la femme tawareke, et le grand Mausa ou Meusé-Sbuleyman, chef de peuplades mandingues qui de la côte s’étaient avancées dans l’intérieur en subjuguant les territoires qu’elles traversaient, en fit la capitale de ses états. Ce fut environ cent quarante ans plus tard, au milieu du XVIe siècle de notre ère, qu’Ebn-Batuta la visita ; elle appartenait au royaume de Melli. C’était, au dire de l’Arabe voyageur, une grande ville très commerçante et renommée par la piété et la science de ses docteurs musulmans, dont beaucoup avaient fait le voyage de La Mecque. Léon l’Africain, qui la vit dans le XVIe siècle, nous en fait à son tour un tableau assez avantageux : il nous la montre avec ses petites maisons en terrasses ou recouvertes de chaume semées autour d’un temple de pierre et de chaux et d’un palais somptueux pour un palais africain. Il ajoute : « La ville est garnie de boutiques, les artisans y sont nombreux, surtout les tisseurs de coton. Des marchands de Barbarie y transportent des draps et d’autres articles venant d’Europe. Ce sont des esclaves qui vendent les provisions de bouche. Les habitans sont opulens, et il y a un grand nombre d’étrangers fort riches, à ce point que le roi a donné en mariage ses filles à deux marchands frères à cause de leurs grands biens. Lui-même est riche et puissant. Quand il lui prend fantaisie de passer d’une cité à l’autre (car Tombut n’est pas la seule de ses états), il monte des chameaux, ainsi que ses courtisans, et des estafiers le suivent tenant des chevaux en main. Il a une grande infanterie armée d’arcs et environ trois mille cavaliers. Il a coutume de faire la guerre à tous ceux qui lui refusent le tribut, et quand il les a vaincus, il les fait vendre à Tombut, y compris les petits enfans. » Après le passage de Léon, Tombut ou Timbuktu subit des alternatives de bonne et de mauvaise fortune : dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, elle passa sous la domination des chefs des peuplades bambaras qui s’étendent sur le territoire qu’arrose à sa naissance le Niger. Vers les dernières années du même siècle, un empereur marocain s’en empara, et fit de son territoire une province de son empire. À ce moment, le commerce avec le Maroc y développa une grande prospérité : d’innombrables caravanes y apportaient des articles venus des bords de la Méditerranée en échange des produits de l’intérieur de l’Afrique : mais les Tawareks du désert occidental se révoltèrent contre le Maroc, interceptèrent le commerce entre Timbuktu et la Barbarie, si bien que la ville vit décliner rapidement son importance. Dans l’année 1803, les Mandingues du Bambara s’en emparèrent de nouveau, mais ce ne fut pas pour la garder longtemps.

C’était le temps où cette population de cavaliers et d’agriculteurs, les Pellani, dont l’origine, malaisienne peut-être, est à coup sûr très distincte