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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/935

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des champs et de grands jardins, en sorte qu’une portion seulement de leur enceinte est peuplée. Katsena pourrait contenir cent mille âmes, elle n’en compte pas plus de sept ou huit mille. Il est vrai que, depuis son assujettissement aux Fellani, elle est considérablement déchue de son importance. M. Barth eut tout le loisir de se renseigner à ce sujet dans le séjour involontaire de plus d’un mois qu’il y fit. Le gouverneur le retint après le départ de sa caravane, fit des difficultés pour lui permettre de passer outre, et prétendit qu’il était nécessaire de prendre les ordres de son maître l’émir Al-Moumenim, sultan de Sokoto et suzerain de tout l’empire des Fellani. Au fond de cette mauvaise volonté à l’égard du voyageur, il y avait le désir d’en obtenir un présent supérieur à celui qui avait été offert. À ce moment, les Européens n’avaient plus que des ressources très bornées après leurs longues dépenses et les extorsions des Tawareks ; d’ailleurs tout le bagage principal était resté aux mains de M. Richardson. Il fallut cependant que Barth se procurât un caftan une veste, un tapis, un châle, et qu’il se dessaisît en outre d’une partie des remèdes que contenait sa petite pharmacie de voyage. Le gouverneur alors ne demandait plus que deux choses : une médecine pour augmenter sa vigueur virile et quelques fusées volantes, qu’il appelait médecine de guerre et jugeait propres à terrifier ses ennemis ; mais à cet égard il ne put être satisfait, M. Barth ne portait ni fusées ni cantharides.

Le temps de ce séjour forcé, le voyageur le mit a profit pour étudier l’histoire de l’état, jadis puissant et célèbre ; dont Katsena est la capitale ; les documens de cette histoire sont d’autant plus rares que l’es Fellani les détruisirent pour la plupart après leur conquête, dans l’intention d’anéantir les souvenirs nationaux. Toutefois le savant voyageur put reconnaître que l’état de Katsena remonte au commencement du VIIe siècle de L’hégire, c’est-à-dire au milieu environ du XIIIe siècle de notre ère ; trois cents ans plus tard, l’islamisme y pénétra. Après une période de prospérité, le Katsena tomba sous la dépendance du Bornu ; ses princes durent un tribut de cent esclaves, au chef de cet état à leur avènement. Son commerce toutefois resta florissant, la fertilité de son sol et sa belle situation géographique sur la ligne de partage des eaux du Tsad et du Niger étaient pour lui un gage de bien-être, quand, au commencement de ce siècle, en 1807, les Fellani l’envahirent. L’action exercée par ces conquérans a été très diverse ; selon les parties du Soudan dans lesquelles ils se sont établis : dans les pays sauvages et païens, ils ont apporté une civilisation relative ; dans les états musulmans au contraire, ils ont exercé une influence généralement funeste ; il en a été ainsi pour Katsena. Kano, située à trente ou trente cinq lieues dans le sud-est, et qui, avant d’être une des principales villes de l’empire fellani, était le chef-lieu d’un état hausa, a été beaucoup plus heureuse. Sa prospérité commerciale, favorisée par une position géographique non moins avantageuse que celle de sa voisine, n’a cessé de se développer : la vie et la richesse, en se retirant de Katsena, se sont en partie reportées vers elle ; aussi sa population, son activité, son industrie, l’extension donnée à l’écoulement de ses produits la maintiennent au premier rang entre les villes les plus riches du Soudan. Les Européens, dans l’orgueil d’ailleurs assez, légitime de leur civilisation, se sont longtemps imaginé qu’au milieu de cette terre des noirs où