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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/928

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barrait le passage et remonter l’autre bord. Enfin il arriva tout épuisé sur la crête de l’Idinen : pas d’inscriptions ou de sculptures, seulement une vue magnifique ; mais de quelque côté qu’il tournât les regards, aucune trace de la caravane. Il s’assit un instant pour reprendre des forces et faire un léger repas ; par malheur son biscuit et ses figues n’étaient plus mangeables, et sa provision d’eau était si petite qu’il n’eut pas de quoi apaiser sa soif. Cependant le jour avançait ; dans la crainte que la caravane, le croyant sur les devans, ne poursuivît sa marche, il redescendit et s’engagea dans le ravin qui, d’après les indications de ses guides, devait le conduire au puits ; il était alors environ midi, la chaleur était accablante, le voyageur avait une soif ardente, et le peu d’eau qu’il avait pris n’avait guère restauré ses forces. À la longue il atteignit le creux de la vallée, mais pas un être vivant n’apparaissait aussi loin qu’il pût étendre ses regards. Incertain de la direction qu’il devait suivre, il cria, monta sur une hauteur couronnée par un buisson d’éthel et déchargea ses pistolets, mais il ne reçut aucune réponse. Un fort vent d’est lui apportait des bouffées d’une chaleur mortelle. Il traversa quelques monticules de sable, gravit une autre hauteur et tira de nouveau. Pas de réponse. Il crut que la caravane pouvait être encore dans l’est et prit cette direction. En cet endroit, la vallée était fertile et couverte d’une riche végétation ; dans un coin se trouvaient quelques huttes faites avec des branches d’éthel. Barth se dirigea avec empressement de ce côté ; elles étaient vides. Entièrement épuisé, il s’assit alors sur le bord d’une plaine nue d’où sa vue plongeait dans toute la profondeur du wadi et attendit avec confiance la caravane. Un moment il crut voir une file de chameaux ; ce n’était qu’une illusion. Le soleil allait disparaître. Incapable de faire quelques pas sans être obligé de s’asseoir, il ne put que choisir entre les huttes ou un éthel qui se trouvait à peu de distance pour passer la nuit ; il préféra l’arbre comme se trouvant sur un lieu plus élevé et dominant un plus vaste espace ; il voulait faire du feu, mais ses forces ne lui permirent pas de rassembler le bois nécessaire ; la fièvre s’emparait de lui, et il était abattu.

« Après être resté à terre une heure ou deux, dit-il, je me levai quand les ténèbres furent entièrement venues ; regardant autour de moi, je découvris, à ma grande joie, un large feu dans le sud-ouest, en bas de la vallée. Plein de l’espoir que ce devaient être mes compagnons, je déchargeai mon pistolet pour me mettre en communication avec eux, et j’écoutai le long roulement de la détonation, comptant qu’il arriverait à leurs oreilles ; mais je n’entendis pas de réponse, tout restait silencieux : je voyais la flamme monter vers le ciel et m’indiquer où je trouverais mon salut sans pouvoir mettre à profit ce signal. Après une longue attente, je tirai un second coup, qui resta aussi sans réponse. Je m’étendis à terre avec résignation, remettant ma vie aux soins du Tout-Miséricordieux. Ce fut en vain que je cherchai le repos ; plein d’inquiétude, pris par la fièvre, je m’agitais sur le sol, attendant avec anxiété et terreur l’aube du jour suivant. Enfin cette longue nuit arriva à son terme ; l’aurore commença à poindre, partout le calme et le silence ; je pensai que c’était le moment le plus propice pour faire parvenir un signal à mes amis ; je rassemblai toutes mes forces, mis dans mon pistolet une grosse charge, et tirai — une fois, — deux fois. Le bruit me semblait devoir