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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/914

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garde étaient les cinquante hommes du 48e (indigène) et le surplus de la cavalerie. À six milles environ du pont de fer se trouve un cours d’eau peu considérable, coulant entre deux rives escarpées ; on l’appelle le Kokrail ou Kocaralie. Un pont est jeté sur ce ruisseau, et près du pont se groupent quelques chaumières, formant une espèce de village. Là on fit halte. Sir Henry Lawrence et l’avant-garde, après quelques instans de repos, poussèrent un mille plus loin, et ne virent pas trace des forces ennemies. Ici nouvelles hésitations. Attendrait-on l’attaque ? irait-on la chercher ? Sir Henry Lawrence penchait pour laisser arriver l’ennemi, à qui on disputerait le passage du Kocaralie. D’officieux conseillers, persuadés sans doute par les rapports des espions que l’on n’avait affaire qu’à un noyau d’armée dans tout le désordre d’une organisation incomplète, insistaient au contraire pour marcher en avant. Leur avis finit par prévaloir ; on partit sans avoir distribué le moindre rafraîchissement aux troupes, déjà fort éprouvées par une marche assez rapide sous les premières ardeurs du jour. Or beaucoup de soldats, surtout parmi les Européens, ayant, la veille au soir, quelque peu abusé des stimulans spiritueux, avaient à lutter contre la réaction ordinaire après ces légers excès, et il eût été à propos de ne les pas garder absolument à jeun. Ajoutons que, marchant dans la direction de l’est, ils avaient en plein visage le redoutable soleil de l’Inde.

Ce fut ainsi qu’on déboucha dans la plaine de Chinhut, à laquelle donne son nom une grosse bourgade située sur les bords d’un assez vaste jheel (lac), près duquel est bâti un palais de chasse jadis à l’usage des rois d’Oude. En avant du village apparut tout à coup l’armée ennemie, — non pas quatre ou cinq mille hommes, conformément aux rapports des espions, — mais quinze où seize mille, ayant de six à sept batteries de canon, qui comportaient au moins trente-six pièces de calibres divers. À gauche de Chinhut s’étendait le camp des rebelles bien retranché ; à peu de distance, on remarquait un hameau composé de sept ou huit chaumières, et sur la gauche des Anglais, un village plus considérable, Ishmaelpore, qui fut, à vrai dire, le théâtre du combat. Le centre de l’ennemi, disposé en demi-cercle, barrait la route ; sa gauche était appuyée à un petit bois, sa droite à Ishmaelpore, où il avait quelques canons. Les Anglais avaient placé l’obusier juste en face du centre des rebelles, et leurs autres pièces un peu sur la droite. Celles que manœuvraient les artilleurs européens étaient en avant. La cavalerie était à la droite des canons, et un peu en arrière. Ce fut l’obusier qui ouvrit le feu, à la distance de treize cents yards. La première bombe éclata sur la tête des rebelles, qu’on vit bientôt s’écarter de la route. On put