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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/907

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met apporté à la résidence. La nouvelle de cette émeute n’en alla pas moins, propagée dans le district, mettre en péril les stations voisines, et le 4 juin, dans l’après-midi, les officiers du 41e cipayes, arrivant avec leurs familles sous l’escorte de vingt-cinq hommes de ce régiment, restés fidèles, apportèrent à Lucknow la nouvelle de l’insurrection de Sitapore, où avaient misérablement péri le lieutenant-colonel Birch, le capitaine Christian, plusieurs civilians et plusieurs dames européennes.

Le 5, on apprit que les cipayes de Cawnpore s’étaient révoltés à leur tour. Sir Hugh Wheeler, avec deux compagnies européennes et huit canons, sans provisions, presque sans retranchemens, sans ressources pécuniaires se trouvait au centre d’un pays complètement insurgé. Nana-Sahib, le rajah de Bithoor, qui se disait l’ami des Anglais, et à qui sir Hugh Wheeler, abusé par ses protestations de fidélité, avait confié la garde du trésor de la station, venait enfin de lever le masque. Parti d’abord pour Delhi avec les cipayes insurgés, il était dès le lendemain revenu sur ses pas avec ses forces personnelles, montant à six cents hommes et quatre canons. Comme il disposait, grâce à sa trahison, de sommes considérables[1], les rebelles étaient accourus en foule sous les deux drapeaux qu’il avait plantés devant sa tente, l’un pour Mahomet, l’autre pour Hunyman, le dieu-singe des Hindous. Il avait ensuite forcé à coups de canon le palais du nabab de Cawnpore, réputé l’ami des Anglais, et finalement, disposant ses batteries devant les misérables fortifications élevées en toute hâte par sir Hugh Wheeler, il avait essayé d’y pénétrer de vive force. Repoussé avec énergie, il bloquait la place, certain que la famine la lui livrerait tôt ou tard, et en attendant il faisait poursuivre et tuer tous les Européens dont sa cavalerie, dispersée de tous côtés, parvenait à s’emparer. À Bénarès en revanche la révolte du 37e avait échoué, grâce à l’arrivée providentielle du colonel Neill, accouru en toute hâte de Madras, et dont les exploits ultérieurs ont attesté la redoutable énergie. Quelques jours après avoir sauvé Bénarès, ce ferme et vaillant capitaine étouffait la révolte dans Allahabad, qui a été depuis, on le sait, le centre de toutes les opérations militaires dans lesquelles il a joué un des rôles les plus brillans.

À ces nouvelles, arrivées le 5, succéda, pour les défenseurs de Lucknow, un silence absolu. Les fils du télégraphe étaient coupés, les dawks (courriers) ne circulaient plus. Cinq jours entiers se passèrent sans un seul renseignement sur les événemens du dehors. Cet intervalle de temps fut mis à profit par sir Henry Lawrence. Stimulés par son incessante surveillance et ses excitations continuelles, les

  1. Le trésor volé renfermait 170,000 liv. sterl. (4,250,000 fr. environ).