Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/9

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ÉTUDES
DE
LA VIE MONDAINE

LE ROMAN D’UN JEUNE HOMME PAUVRE

Sursum corda !
I.
Paris, 20 avril 185..

Voici la seconde soirée que je passe dans cette misérable chambre à regarder d’un œil morne mon foyer vide, écoutant stupidement les murmures et les roulemens monotones de la rue, et me sentant, au milieu de cette grande ville, plus seul, plus abandonné et plus voisin du désespoir que le naufragé qui grelotte en plein océan sur sa planche brisée. — C’est assez de lâcheté ! Je veux regarder mon destin en face pour lui ôter son air de spectre : je veux aussi ouvrir mon cœur, où le chagrin déborde, au seul confident dont la pitié ne puisse m’offenser, à ce pâle et dernier ami qui me regarde dans ma glace. — Je veux donc écrire mes pensées et ma vie, non pas avec une exactitude quotidienne et puérile, mais sans omission sérieuse, et surtout sans mensonge. J’aimerai ce journal : il sera comme un écho fraternel qui trompera ma solitude ; il me sera en même temps comme une seconde conscience, m’avertissant de ne laisser passer dans ma vie aucun trait que ma propre main ne puisse écrire avec fermeté.