Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/885

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Les grands vassaux, soumis à des exigences plus ou moins dures, menacés de dangers plus ou moins pressans, avaient dû chercher, soit en se fortifiant chez eux, soit en s’alliant avec leurs pairs, à se garantir des unes et des autres. De là les royautés subalternes, les vizirs, les nababs, dont l’existence affermie et la puissance toujours croissante tendaient toujours à restreindre l’autorité centrale, et, par une politique assidûment suivie, l’avaient peu à peu réduite en effet à se contenter d’un tribut d’argent, plus ou moins considérable, payé avec plus ou moins d’exactitude selon les circonstances et l’impunité plus ou moins bien garantie. Aveuglés à leur tour par le succès de leur entreprise, enivrés du pouvoir conquis, et cherchant aussi à simplifier les ressorts de leur gouvernement, afin de savourer plus à leur aise la magnifique existence qu’ils s’étaient faite, les nababs, les vizirs, les grands feudataires de la couronne avaient de même compromis leur puissance, en acceptant les services intéressés des grands propriétaires, devenus fermiers à bail d’immenses districts. Assez riches pour assurer la rentrée à peu près régulière de l’impôt frappé sur la circonscription territoriale qu’on leur soumettait ainsi, et pour payer de plus, au besoin, la connivence des favoris du nabab, ces zemindars usaient largement de leurs privilèges, qu’ils comprenaient comme Reginald Front-de-Bœuf par exemple interprétait ceux du baronnage normand. La population du pays d’Oude étant essentiellement militaire, en vertu de traditions et de circonstances historiques qui se perdent dans la nuit des âges, ils n’éprouvaient aucune difficulté à enrôler des bandes d’hommes d’armes, prêtes à marcher au premier signal du maître et contre n’importe lequel de ses ennemis. Ces bandes grossissaient à mesure que le domaine du zemindar s’étendait, et il s’étendait toujours, soit par concessions payées au gouvernement, soit par annexion à main année des domaines voisins, quand ces domaines étaient mal défendus, soit par suite de ces contrats en vertu desquels, lorsque le droit est foulé aux pieds, le plus faible est réduit à s’assurer, en la payant, la protection du plus fort. Aussi, de génération en génération, le nombre de ces tyrans subalternes diminuait-il, et leur puissance individuelle s’en trouvait-elle accrue dans la même proportion. Ils n’étaient plus, comme dans le principe, de riches paysans, chefs de bandits, mais de hauts et puissans seigneurs, ayant forteresse à créneaux, menant leur contingent à la guerre, et au besoin pouvant tenir tête à leur souverain, si celui-ci s’avisait de prendre trop au sérieux ou ses droits ou ses devoirs monarchiques.

Un militaire fort distingué, qui a longtemps rempli dans l’Inde des fonctions importantes, et s’est fait connaître au dehors par sa