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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/842

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ne purent savoir si les fleurs étaient leur coiffure habituelle, ou si elles avaient voulu se parer pour recevoir les étrangers.

À l’entrée de la forteresse, grand carré entouré d’une palissade, commencèrent les cérémonies inséparables de toute réception officielle dans le Céleste-Empire. Il fallut traverser quatre cours d’honneur avant d’arriver au tribunal où se tenait le gouverneur. Dans la première cour, les Russes furent obligés de déposer leurs sabres ; dans la dernière cour, il fallut se préparer à saluer convenablement le gouverneur. Pendant ce temps, on pouvait admirer les instrumens de torture dont l’enceinte était remplie. Le gouverneur attendait les Russes sur une haute estrade ; il était assis devant une table qui portait des plumes, un encrier et les sceaux. C’était un homme d’une figure très fine et très intelligente, vêtu d’un kourma jaune ; sa calotte était ornée d’une boule bleue et de trois queues de zibeline. Il répondait avec beaucoup de dignité au discours de l’interprète russe, quand un vieillard entra en courant et annonça, avec tous les signes d’une grande épouvante, l’arrivée de bateaux qui fumaient et empestaient le fleuve. Le mandarin ne parut point partager sa frayeur, mais se mit en route avec les Russes vers le port, et alla faire, avec toute sa suite, une visite au général Mouravief, qui le reçut avec les plus grands honneurs, et lui signifia son intention d’aller jusqu’à l’embouchure de l’Amour.

Au-delà d’Aigunt, l’Amour parcourt en serpentant une longueur de 200 kilomètres ; les nombreuses îles qui l’entrecoupent forment dans cette partie de la vallée comme un long archipel. Le fleuve reçoit ensuite les eaux d’un affluent important, nommé Burija. La vallée de cette grande rivière est peu fréquentée, et l’on ne put obtenir que très peu de renseignemens sur son cours. Pourtant, par sa position vers le milieu du bassin de l’Amour et dans une région très accessible et très favorable à la colonisation, la Burija mérite d’être signalée, et M. Petchurof ne craint pas d’affirmer qu’un des premiers et des plus importans centres de colonisation s’établira au confluent de cette rivière. Au-dessous de ce point, l’Amour s’enfonce de nouveau dans les montagnes, et traverse, entre des défilés très pittoresques, une chaîne assez élevée. Dans cette région sauvage et inhabitée, le fleuve se précipite avec une vitesse de cinq nœuds à l’heure. Il se ralentit bientôt en entrant dans de nouvelles plaines ; il y parcourt les bras d’un long archipel qui s’étend jusqu’à l’embouchure du Sungari, cet immense affluent qui descend de la Mantchourie méridionale. La vallée du Sungari est la partie la plus peuplée de toute la province : la fertilité de ses bords, le cours lent et sûr du fleuve y ont attiré un grand nombre d’habitans. Giren-Choten, ville située sur le Sungari, est trois fois plus considérable qu’Aigunt :