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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/830

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par la soupçonneuse politique du Céleste-Empire. La Russie a jusqu’ici scrupuleusement respecté toutes ces exigences, et n’a jamais cherché à enfreindre les traités, malgré la timidité des populations mongoles qui habitent au sud des chaînes de l’Altaï. Cette modération sert ses intérêts : le commerce avec la Chine a pris un développement toujours croissant ; il donne la vie à la Sibérie entière, pour laquelle il est une source de richesse plus durable et plus sûre que les mines d’or de l’Altaï.

La ville d’Irkoutsk, capitale de la Sibérie occidentale, est bâtie sur l’Angara, rivière qui sort du lac et va se jeter dans l’Iéniséi. L’entrepôt du commerce entre la Russie et la Chine est de l’autre côté du lac, sur la rivière Selenga, dans un lieu nommé Kiachta. C’est là que les produits russes, cotonnades, draps, cuirs, métaux, etc., s’échangent contre le thé. Le dépôt chinois, situé à peu de distance de Kiachta, de l’autre côté de la frontière, se nomme Maimatchin. C’est une petite ville carrée, entourée de palissades et traversée par deux rues rectangulaires et très étroites. Les maisons sont petites et en bois ; elles n’ont que deux chambres, dont l’une sert de magasin et l’autre de logement au marchand. Le commerce russe à Kiachta ne consiste qu’en échanges, et se fait sans monnaie d’or ou d’argent. Chaque année, des commissaires russes et chinois déterminent la valeur relative des diverses marchandises. En 1854, les importations et les exportations se sont élevées à 23 millions, et les recettes de la douane de Kiachta ont atteint le chiffre de 11 millions. Les droits d’entrée exorbitans, avec la longueur et la difficulté des transports, expliquent le prix élevé du thé en Russie. Les envois de Kiachta à Moscou et à Nijni-Kovgorod se font par terre et par eau. Le premier mode de transport demande ordinairement une année. Par le second, sur l’Angara, l’Iéniséi, l’Obi, l’Irtish ; il faut quelquefois, à cause de la courte durée des étés, jusqu’à trois ans pour que les marchandises soient arrivées à leur destination en Russie. De Kiachta même à Irkoutsk, les transports se font généralement par eau ou sur la glace, le long de la Selenga ou sur le lac Batkal ; mais pendant deux mois l’on ne peut suivre cette route, quand la glace est encore trop peu épaisse. On pratique alors dans la neige une route qu’on affermit avec des branches, et en y faisant piétiner des chevaux. À plusieurs reprises, on a essayé de construire une chaussée permanente autour du lac Baïkal : l’impératrice Catherine en avait déjà fait exécuter une sur la chaîne de montagnes qui se nomme Chamar-Daban ; mais cette vieille route est aujourd’hui presque impraticable. Un marchand russe, en 1850, en a fait construire une à ses propres frais. Depuis, les études et les progrès se sont multipliés ; cependant l’on n’est