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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/83

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V.

Vercingétorix n’était pas resté inactif. À peine César avait-il passé la Loire qu’il s’était rendu à Autun, où se réunissaient les députés de toute la Gaule, et là, malgré le mauvais vouloir des Éduens, il avait obtenu le commandement général. Saisissant d’une main ferme les rênes du pouvoir, il avait immédiatement ordonné une levée de 15 000 cavaliers. L’infanterie dont il disposait déjà lui paraissait suffisante, car il connaissait la supériorité de tactique et de discipline de ses adversaires. Il ne croyait pas pouvoir les vaincre en bataille rangée, et il ne voulait pas tenter la fortune[1] ; mais au premier mouvement des légions il comptait les envelopper avec sa cavalerie, les harceler sans relâche, faire le vide et le désert autour d’elles, leur rendre tout fourrage impossible, les vaincre par la famine et l’épuisement, au moins donner à toute marche qu’elles voudraient tenter le caractère d’une retraite humiliante et peut-être désastreuse. Tandis que les contingens se réunissaient, il complétait le blocus de la Province, et faisait attaquer les tribus qui, depuis longtemps soumises à Rome, en gardaient la longue frontière. Les peuplades du Rouergue et du Quercy se jetaient sur le Bas-Languedoc, et les montagnards du Gévaudan et de la Haute-Auvergne pénétraient victorieusement dans le Vivarais. Mais le principal effort fut dirigé contre les Allobroges, qui occupaient les passages du Rhône entre Vienne, Lyon et Genève : Vercingétorix fit marcher contre eux 10 000 Éduens et Ségusiens (Lyonnais) ; en même temps il leur faisait faire les plus brillantes promesses pour les détacher de l’alliance de Rome et les décider à fermer la retraite à l’armée consulaire en livrant les positions importantes confiées à leur fidélité.

César était au courant de ces préparatifs et de ces menées. Malgré son sang-froid, il devait attendre avec une cruelle anxiété le moment où il pourrait reprendre la campagne. Dès qu’il eut été rejoint par ses auxiliaires germains et qu’il les eut un peu instruits et remontés, il se mit en mouvement. Lui-même nous indique clairement l’objet et la direction de sa marche : il allait porter secours à la Province, et se dirigeait sur la Séquanie. Organisé de manière à pouvoir faire face à toutes les éventualités, à saisir toutes les occasions qui se présenteraient sur sa route, il comptait franchir la Saône, traverser la Franche-Comté, et il espérait sans doute arriver chez les Allobroges avant que les passages du Rhône n’eussent été

  1. « Neque fortunam tentaturum aut acie dimicaturum. » B. G., vii, 64.