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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/827

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ces mers intérieures se prolongent, par Khiva et Bokhara, jusqu’aux plateaux de la Perse et de l’Afghanistan, qui ne sont séparés de l’Inde que par les défilés montagneux de l’Hindou-Kouscb. D’Omsk et de Sémipolatinsk, situées sur l’Irtish et reliées par une magnifique chaussée, la Russie surveille les hordes kirghiz et maintient ses communications avec les nombreux postes cosaques échelonnés dans les steppes, sur les routes des caravanes.

Il y a peu de régions dont les caractères physiques soient aussi remarquables que ceux de la vaste contrée qui sépare la Sibérie de l’Asie centrale. En même temps qu’elle possède, un système hydrographique propre, elle est en partie située à un niveau inférieur à celui de l’Océan. Cette dépression est la plus étendue qu’offre le globe terrestre, et les mesures barométriques de Hoffmann, Helmersen et Alexandre de Humboldt en ont déterminé les contours principaux. La nature singulière de cette région a pendant longtemps défendu l’indépendance des tribus qui l’habitent aussi bien qu’auraient pu le faire des chaînes de montagnes ou les escarpemens de plateaux élevés. Les plaines basses et unies de la grande dépression asiatique sont parcourues par les hordes nomades des Kirghiz ; le long des principales vallées qui aboutissent au lac Aral se sont groupées de petites sociétés isolées et jalouses, Khiva, Bokhara, Kokand, Samarkand. La Russie a beaucoup de ménagemens pour les Kirghiz, qui sont ses voisins immédiats, et dont un grand nombre errent en nomades dans le gouvernement même d’Astrakan et sur le territoire de la Sibérie. Les autres vivent tantôt sur la frontière russe, tantôt sur la frontière chinoise ; ils peuvent parcourir les steppes avec beaucoup de rapidité, en emmenant leurs tentes légères et leurs troupeaux. Toutes les fois que la Russie préparera une expédition contre Khiva, Bokhara, ou les régions voisines de l’Asie centrale, elle sera obligée d’avoir les Kirghiz pour alliés ; ils peuvent rendre d’immenses services pour protéger et conduire les convois, fournir les chameaux, nourrir l’armée. « Tout l’art de la guerre en Orient, disait avec beaucoup de raison le prince Gortchakof au général de Gagern, qui rapporte ces paroles dans ses curieux Souvenirs de voyage en Russie, consiste à faire vivre son armée ; le reste n’est rien. Il faut avancer avec de faibles troupes et d’énormes caravanes. Tout ordre de marche doit ressembler à l’escorte d’un convoi, M Dans toutes les entreprises contre l’Asie centrale, les Kirghiz seraient donc d’indispensables auxiliaires : la Russie les traite avec beaucoup d’habileté, évitant de blesser leurs instincts indépendans, les attirant à ses marchés, les habituant par degrés au spectacle de la civilisation.

On estime environ à 2,600,000 le chiffre total des Kirghiz ; c’est