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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/81

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avec des nuances diverses, il est vrai, mais dans une zone assez large. Au-delà du Rhin étaient les Germains, disposés à seconder les Romains par goût pour la guerre et le pillage non moins que par haine pour les Gaulois. Ainsi l’état général de cette région permettait à César de donner à ses troupes, dans un pays ami, un repos nécessaire, d’approvisionner et de recompléter son armée. Pour atteindre ce double but, il dut prendre une position d’où il pût : 1° contenir dans ce qu’il appelait le devoir les deux grandes tribus restées particulièrement fidèles à la cause de Rome, les Rémois et les Lingons, les protéger au besoin, et surtout exploiter les ressources que présentait leur territoire ; 2° profiter de la neutralité que dans leur éloignement les Trévires s’étaient décidés à garder pour communiquer par leur territoire avec la rive droite du Rhin et amener à lui les auxiliaires germains à pied et à cheval que ses recruteurs y étaient allés chercher. Je ne pense pas qu’il fût possible de trouver, ni chez les Senonais, ni auprès de Langres, une position réunissant les conditions essentielles que je viens d’indiquer.

Aux environs de Langres, le proconsul eût été beaucoup trop loin des Rémois, tribu riche, commerçante, qu’il avait en affection particulière, sur laquelle il comptait au moins autant que sur les Lingons[1], et qui d’ailleurs avait grand besoin de protection, puisqu’il dut, même après la prise d’Alesia, la défendre contre les Bellovaques[2], Il eût été sans communication sûre avec le Rhin ; car entre les Trévires et lui se seraient trouvés les Mediomatrices, habitant le pays messin et hostiles à sa cause, puisque plus tard, pendant le siège d’Alesia, ils fournirent un contingent à l’armée de secours[3]. Il indiquait trop clairement à l’ennemi, si tant est que son parti fût déjà pris, l’intention de marcher plus tard sur la Séquanaise. Enfin il est vraisemblable qu’il s’arrêta le plus tôt qu’il put après sa jonction avec Labiénus, et que, sans un motif bien pressant, il ne se fût pas inutilement enfoncé dans l’est. Or, s’il ne fixe pas avec précision le lieu où les deux portions de l’armée romaine se rencontrèrent, il indique assez que cette réunion eut lieu dans le pays des Senonais, ou au moins à peu de distance, car c’est vers leur territoire qu’il se dirigea après le passage de la Loire, et c’est là aussi que se trouvait la place de dépôt que Labiénus venait d’évacuer, Agendicum.

D’autre part, en restant chez les Senonais, qui étaient unis aux Éduens et qui avaient chaudement embrassé la cause nationale, il

  1. « Ut præter Œduos et Remos quos præcipuo semper honore Caesar habuit. » B.G., V, 54.
  2. « C. Fabium et L. Minucium Basilium cum ii legionibus in Remis collocat, ne quam a finitimis Bellovacis calamitatem accipiant. » B. G., vii, 90.
  3. « Imperant… Mediomatricis… quina millia. » B. G., vii, 75.