Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/765

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ton solennel à son accusateur : « Jure maintenant si tu veux être damné ! » Le domestique se retira confondu, et le gypsy poursuivit tranquillement sa route avec son butin.

Malgré cette présence d’esprit et les ressources d’une intelligence fertile en expédiens, les actes du chef de brigands n’échappèrent point à l’œil de l’autorité ; la tête de Sandy Brown fut mise à prix. Arrêté une première fois près de Dumblane, il devait être conduit directement à Perth ; mais les officiers de police furent obligés de s’arrêter en chemin, et logèrent le prévenu dans une prison pour la nuit. Sous les verroux, Brown courtisa les bonnes grâces de ses gardiens, et leur demanda comme une faveur de passer avec eux la nuit dans une auberge, leur promettant d’ailleurs de se charger des frais et de se montrer un hôte généreux. Cet argument convainquit les officiers de justice : ils consentirent à échanger la prison pour un cabaret voisin ; mais, comme ils connaissaient le caractère audacieux du prisonnier, trois ou quatre d’entre eux se placèrent dans la chambre où il était consigné. Brown eut soin de ne point ménager les bouteilles, et le lendemain, au point du jour, il pria un des officiers d’ouvrir un peu la fenêtre pour rafraîchir la chambre : on était en été, et il faisait très chaud. Après s’être promené de long en large avec un air d’indifférence, le gypsy s’élança tout d’un coup par la fenêtre entr’ouverte, qui était cependant à une hauteur considérable. Toute l’escouade se mit aussitôt à sa poursuite avec des cris, et, comme quelques-uns des agens de la force publique gagnaient sur lui du terrain, il se retourna, fit bravement face à ses adversaires, tira de dessous son habit une épée courte qu’il brandit en l’air, menaçant de frapper quiconque oserait avancer d’un pas. Personne n’eut le courage d’approcher de lui, et Sandy Brown s’échappa encore. On leva plus tard une troupe de highlanders pour le saisir dans un bois où il s’était retiré, le bois de Rannoch, et pour disperser sa bande. Le gypsy chercha quelque temps à déconcerter leurs poursuites en rampant près du sol avec le bruit d’une bête fauve. Surpris et accablé par le nombre, il se rendit. On parle encore de Sandy Brown en Ecosse comme de l’un des plus grands et des plus beaux hommes qu’on ait jamais vus : « Sa contenance, dit-on, était imposante et agréable. » Comme les brigands de théâtre et de romans, il se vantait de n’avoir jamais pris six pence aux gens de la classe pauvre. Il fut pendu avec son beau-frère Wilson à Edimbourg. Tandis que le bourreau faisait son devoir, Martha, mère de l’un des suppliciés et belle-mère de l’autre, fut saisie sur le lieu même de l’exécution en train de voler une paire de draps. On a su plus tard que cette paire de draps était destinée à ensevelir ses deux fils, qui mouraient dans le moment même en sa présence.