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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/718

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une charrette pour les conduire à la frontière. Hors du luthéranisme (et quel luthéranisme !) point de patrie pour le Suédois. »

Nous n’ajouterons rien à ces faits. Répétons seulement, comme l’Aftonblad, avec qui nous sommes heureux de nous trouver enfin d’accord : Cet arrêt fera le tour du monde civilisé et excitera une réprobation universelle ; cette condamnation inique condamnera l’odieuse législation que la diète suédoise de 1857 a conservée pour la honte du protestantisme et du XIXe siècle. e. forcade.



REVUE DRAMATIQUE.

À suivre le mouvement qui se produit depuis quelques années sur nos théâtres, il est un fait général qu’on est bien forcé de constater : c’est que l’étude de la réalité s’y développe de plus en plus aux dépens de l’exécution, la recherche de l’exactitude matérielle aux dépens de l’art. En soumettant la vie de chaque jour à une minutieuse enquête, aurions-nous par hasard amassé tant de richesses qu’il nous soit impossible de les embrasser à la fois et de les fondre en un seul bloc ? Ce qui est certain, c’est que les écrivains dramatiques ne semblent guère préoccupés de ce fâcheux désaccord entre l’idée et la forme. Leur orgueil n’a point diminué ; mais c’est uniquement dans la facilité de l’invention qu’ils semblent le placer. On croit faire œuvre de génie en s’empressant de généraliser les faits particuliers offerts par l’observation. On veut à toute force créer des types, on oublie que les figures de la comédie, aussi bien que celles du drame, doivent être conçues comme des individualités. Corneille, Shakspeare, Molière, n’ont jamais prétendu étudier autre chose que des caractères ; c’est par la grandeur de l’exécution que, pour nous, Pauline, Hamlet et Célimène sont passés à l’état de types.

Le public, toujours un peu dupe de l’étiquette, a suivi ce mouvement, et s’est habitué à considérer comme des généralités les figurés qu’il est appelé à juger. La réalité qui les entoure, le milieu vulgaire où elles agissent, leurs habitudes, qui sont les nôtres, permettent à chaque spectateur de leur trouver autour de lui de faciles applications, et cela suffit. Le public aime à tirer une conclusion des premiers mots qu’il entend ; il se hâte, sur une vague ressemblance avec ce qu’il connaît, de s’extasier aussitôt sur la surprenante exactitude, sur la scrupuleuse observation qui lui est offerte. Aussi se contente-t-il, dans la reproduction des mœurs contemporaines, d’une vague esquisse, d’un simple profil. Ces dispositions sont encore favorisées par l’introduction dans ces œuvres, hélas ! trop descriptives, d’un élément inconnu à Plaute comme à Molière, la mode. C’est en effet un long et périlleux voyage que d’aller jusqu’au fond de la nature humaine ; il est beaucoup plus simple et beaucoup plus commode de saisir au daguerréotype ses apparences les moins durables, ses manières d’être les plus accidentelles. Les sentimens et les ridicules de l’homme ont beau être éternels et inépuisables ; ce qui forme