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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/650

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ERIVAINS MODERNES
DE LA FRANCE

GUSTAVE PLANCHE



Il était dans la destinée du critique éminent que nous avons perdu, il y a quelques mois, de donner jusqu’à la fin des enseignemens à ses contemporains. Sa mort a été conforme à sa vie. Il aimait à enseigner en effet, il considérait la critique comme un devoir, comme une fonction plus difficile et plus sévère qu’attrayante, et jamais il n’a pris la plume dans l’intention de plaire et d’amuser. Il a donné toute sa vie de judicieuses leçons de goût à cet écolier inattentif et affairé qui s’appelle le public, et quoiqu’il ne lui épargnât ni les réprimandes, ni les reproches, le public l’écoutait avec déférence et respect. Cependant, tant qu’il a vécu, ce respect et cette déférence ne se sont jamais traduits en applaudissement bien bruyans, ni en flatteries bien empressées ; il était réservé à sa mort de faire éclater les sympathies qu’il inspirait. Tout le monde alors a compris et s’est unanimement accordé à reconnaître qu’on avait perdu en Gustave Planche non-seulement un vrai talent, mais une conscience intègre. De toutes parts sont venues de touchantes marques de regret et d’estime. Le monde littéraire, qui acceptait ses sévères jugemens avec dépit et avec colère, l’avait trop souvent payé de sa franchise par de misérables médisances, de sots quolibets ou de méprisables insultes, et cependant, dès les premières nouvelles de la maladie qui devait l’emporter, ces indécens bavardages cessèrent