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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/649

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les sectes dont les doctrines sont contraires à la morale publique, telles que les origénites et les doukobortsi, quoiqu’elles soient condamnées à s’éteindre naturellement d’ici à peu d’années, les idées gnostiques qui en sont la base n’étant plus de notre siècle ; quant aux vieux croyans, ils ne méritent nullement d’être traités avec sévérité. S’ils forment actuellement à certains égards un état dans l’état, il faut s’en prendre au régime d’oppression qui leur a été appliqué. On leur reproche de ne point mentionner l’empereur dans leurs prières. Cela est vrai : les vieux croyans, du moins une partie d’entre eux, ne poussent point l’humilité chrétienne jusqu’à appeler volontairement les bénédictions du ciel sur leurs persécuteurs ; mais le vrai moyen de les ramener sur ce chapitre au sentiment de leur devoir n’est point de fournir des griefs nouveaux à leur irritation. Une fois libres, ils se remettront peu à peu en contact avec la population. L’église seule pourrait prendre ombrage de cette liberté ; mais l’église russe mérite-t-elle tous les ménagemens qu’on lui témoigne ? C’est en grande partie l’inconduite des prêtres orthodoxes et leur ignorance qui ont entraîné dans le schisme le troupeau sur lequel l’église officielle continue à appeler les persécutions du pouvoir. Que la constitution de communautés indépendantes humilie son orgueil, cela se comprend. Il n’y a pas à craindre cependant que ces schismatiques renient ses doctrines fondamentales, surtout si l’église exerce sur elle-même un peu de la surveillance qu’elle fait trop peser sur les dissidens. Le joug papal ne saurait séduire des hommes qui réclament avec tant d’audace la liberté religieuse, et, pour le protestantisme, les formes méthodiques et raisonnées de ce culte rencontreront toujours dans les instincts enthousiastes de la race slave un sérieux obstacle. Enfin, si contre nos prévisions l’intérêt de l’église orthodoxe venait à souffrir de l’émancipation des vieux croyans, le sentiment religieux n’y gagnerait pas moins de nouvelles forces, et l’on ne saurait trop veiller à la conservation de ce noble sentiment en Russie à une époque où la civilisation matérialiste qui tend à prévaloir dans l’Europe occidentale menace d’envahir à son tour l’empire des tsars.

H. Delaveau.

    neur, qui jugea convenable de demander de nouvelles instructions. Il reçut de Pétersbourg l’ordre de cesser immédiatement ses poursuites. Enfin l’année dernière le gouvernement a enjoint aux autorités locales de ne plus porter à l’avenir comme des unions illégitimes les mariages contractés par les vieux croyans, et d’étendre le bénéfice de cette mesure à leurs enfans. Il est regrettable que l’administration chargée d’exécuter les ordres de l’empereur ne montre pas le même esprit de tolérance : elle continue par exemple d’appliquer aux sectaires une mesure abrogée en faveur des autres sujets du tsar, et qui interdit les voyages en pays étranger.