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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/602

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et revint avec la promesse d’un appui réel et d’une intervention soutenue tant à Constantinople qu’auprès des puissances alliées de la France. La France devint ainsi la principale médiatrice pour les affaires du Monténégro. Dès lors, plusieurs pourparlers eurent lieu relativement à l’étendue des concessions réciproques qui pourraient amener la conclusion définitive des différends entre le Monténégro et la Turquie. La Russie n’avait pas oublié l’abstention du Monténégro pendant la guerre d’Orient ; elle ne vit pas avec indifférence la voie nouvelle dans laquelle s’engageait le prince. Elle lui en témoigna son mécontentement. Le baron de Budberg, ambassadeur de Russie à Vienne, lui fit savoir que le tsar lui retirait le subside annuel de 120,000 francs qu’on lui payait depuis 1839. Ce refroidissement ne fut que momentané, et la Russie rendit bientôt spontanément ses bonnes grâces à son ancien allié.

Cependant les négociations n’annonçaient pas de résultats décisifs. Dans les premiers jours de février 1857, le prince Danilo, accompagné de la princesse sa femme et de quelques-uns des premiers personnages de son pays, résolut de venir plaider lui-même sa cause auprès de l’empereur des Français. La France ne s’engagea pas à faire reconnaître officiellement par la Porte la souveraineté du Montengro, mais elle promit sa protection pour mettre la position actuelle du prince à l’abri de toute attaque. Sans se prononcer pour le moment sur ses autres demandes, elle s’engageait à poursuivre, de concert avec l’Autriche et l’Angleterre, une délimitation de territoire avec la Turquie.

Le prince Danilo a donc obtenu des pourparlers de Paris des résultats réels, quoique légers en apparence. Sa cause est devenue européenne par sa notoriété même. La destinée de son peuple ne saurait plus être à la merci d’une expédition heureuse des Turcs, ni de la complicité de l’une des puissances qui se sont occupées jusqu’à présent de ses intérêts ; elle ne peut être réglée que dans le concert européen. Cette petite peuplade chrétienne, qui a su conserver son indépendance depuis quatre siècles, a désormais sa place marquée dans la société des nations.

Malgré la trêve d’Albanie, la guerre faillit éclater avec les Turcs à propos des Koutchi. Une partie de cette tribu, ménagée par les anciens vladikas à cause de sa position sur l’extrême frontière et de ses sentimens douteux, se crut lésée dans ses anciens privilèges, lorsque le prince, poursuivant ses réformes administratives, voulut la soumettre à la règle commune. Les Drékalovitchi, c’est le nom de cette fraction de tribu, allèrent à Scutari implorer l’appui du pacha. L’expédition des Monténégrins pour réduire ces rebelles allait donc fournil- aux Turcs le prétexte toujours cherché d’une