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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/585

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après avoir reconnu que le premier est moins de la moitié du second, il ajoute : « Du fait général il résulte jusqu’à l’évidence qu’en France notre infériorité, quant au prix du combustible minéral, ne tient pas, comme on l’a dit trop souvent, à la cherté de notre extraction et à la barbarie de nos procédés ; elle tient principalement à l’insuffisance de nos voies de transport. L’on ne peut donc trop le répéter, c’est en achevant nos chemins de fer et nos canaux que nous parviendrons à donner la houille à bon marché sur tous nos grands centres industriels. » On conçoit dès lors que le gouvernement qui a tant fait pour améliorer les conditions de l’industrie nationale, en donnant une si vive impulsion à la construction de notre réseau de chemins de fer, pouvait légitimement, diminuer, comme il l’a fait en 1853, les droits qui restreignent l’importation des houilles étrangères. Loin d’admettre que, sans des droits excessifs, notre industrie houillère serait hors d’état de lutter avec celle de l’étranger, le gouvernement se place sur un autre terrain, et s’occupe des moyens de procurer à la France les conditions qui lui manquent pour rivaliser sur le pied d’égalité avec la Belgique et l’Angleterre. Il reconnaît que, pour le plus grand nombre des départemens qui se font remarquer par une consommation infime de charbon minéral, l’absence de voies de communication et le prix élevé des transports sont les seules causes auxquelles ce fait doive être attribué, et il dote ces départemens de voies nouvelles de transport. Notre réseau général des chemins de fer est à peu près complètement tracé, il avance rapidement. Au moment où le réseau partiel des Pyrénées a été concédé, soixante-seize départemens participaient déjà plus ou moins, dans le présent ou dans l’avenir, aux bienfaits du système des communications rapides. Parmi les départemens déshérités se trouvaient précisément ceux que j’ai cités comme ne figurant pas dans le tableau de notre consommation de combustible minéral, et les autres n’y figuraient guère que pour mémoire.

Jusqu’à présent, il faut le reconnaître, nos chemins de fer ont surtout favorisé les importations des houilles étrangères, par suite des circonstances qui ont déterminé l’ordre de leur création et des réductions de tarif qu’ont admises certaines compagnies concessionnaires. On le comprend sans peine : tandis que nos bassins de la Loire, de Saône-et-Loire et de l’Allier sont situés à 600, 450 et 385 kilomètres de Paris, les bassins belges ne sont distans de ce grand centre industriel que de 308 kilomètres pour, celui de Mons, et de 266 pour celui de Charleroi ; les ports du Havre et de Dieppe n’en sont éloignés que de 229 et 201 kilomètres. Aussi les transports de houille par les voies ferrées n’ont-ils réellement