Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/584

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



En France, nos principales régions houillères sont situées dans la partie centrale, et, à l’exception de quelques lambeaux isolés et clair-semés dans le Maine, dans l’Anjou, dans la Vendée, etc., le terrain carbonifère ne se rencontre que loin de la mer. Malgré la présence de nos bassins d’origine récente au nord et à l’est, la répartition des précieux gisemens est très irrégulière. Elle est en outre fort désavantageuse au point de vue capital des transports, parce que ces gisemens sont pour la plupart situés dans des pays accidentés, près de fleuves irrégulièrement navigables, de sorte que les distances considérables que doivent nécessairement parcourir les produits de nos houillères avant d’atteindre les grands centres de consommation sont excessivement onéreuses. Telles sont les conditions qui, pour tout le littoral de l’Océan, rendent inévitable, en dépit même des droits protecteurs, l’alimentation de nos usines par l’Angleterre. En jetant les yeux sur la carte de l’administration des mines, où le fait se trouve mis dans la plus entière évidence, on reconnaît que le droit perçu sur les importations maritimes de combustibles minéraux pèse précisément sur les moindres consommateurs. Si l’on songe que la Belgique et l’Angleterre sont depuis longtemps sillonnées de canaux navigables et de chemins de fer, on a dans les rapprochemens que suggère ce fait des indications fort nettes sur le sens dans lequel doivent tendre et tendent incessamment d’ailleurs nos efforts pour atténuer notre infériorité vis-à-vis de ces puissances. Au fond, la difficulté que présente le commerce des combustibles minéraux est plus simple que ne le ferait croire l’âpreté des luttes auxquelles il donne lieu entre les producteurs et les consommateurs, qui y apportent nécessairement une ardeur excessive en raison de l’intérêt qui pour eux s’attache à la solution de la question. Cette difficulté a été, dès 1836, indiquée avec précision et autorité par M. de Saint-Cricq, que personne n’a jamais songé à accuser d’une affection exagérée pour les doctrines du libre-échange. « La question des houilles, disait-il à la chambre des pairs, est moins une question de tarif qu’une question de transport. Nous sommes riches en mines de houille ; l’extraction n’en est pas généralement beaucoup plus chère qu’ailleurs. C’est l’insuffisance des voies de transport qui en élève le prix aux lieux de consommation, à ce point qu’un hectolitre, valant sur telle fosse 60 ou 80 centimes, revient dans tel port à 3 ou à francs. » Tel est, aux yeux même des protectionistes raisonnables, le véritable état de la question. Je ne veux donner pour preuve de l’exactitude de cette assertion au sujet des véritables limites dans lesquelles doit se circonscrire le débat que les paroles du ministre des travaux publics dans le rapport à l’empereur que j’ai déjà cité. Après avoir comparé les prix moyens du charbon sur le lieu de production et sur le lieu de consommation,