Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/580

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de Mons, M. Henri Jordan, prêtait récemment son concours à ses confrères français par les réflexions dont il accompagnait l’utile traduction d’une statistique de l’industrie houillère du royaume-uni. « Habituée à produire des quantités aussi considérables que celles que nous venons d’indiquer, dit M. Jordan, intéressée à conserver toujours la même activité, disposant des moyens de production les plus puissans, admirablement douée quant aux conditions naturelles, l’industrie houillère anglaise sera nécessairement amenée, dans quelque année de crise, à jeter sur le continent des marchandises qui n’auront point trouvé de débouché en Angleterre, et dans les années de prospérité même il lui sera facile, toutes les fois qu’elle le jugera convenable, d’encombrer de ses produits les ports du littoral et de dicter la loi sur les marchés. » Cette seconde partie de la proposition de M. Jordan est évidemment contestable, car il est difficile d’admettre cette influence excessive de l’industrie anglaise sur une industrie similaire du continent, et elle ne comporterait réellement d’autre remède qu’une prohibition absolue des produits de la Grande-Bretagne. La première partie, à laquelle se réduisent d’ailleurs les partisans modérés du système restrictif, ne me semble pas davantage devoir être prise en considération, car on ne peut choisir une période anormale, et nécessairement de courte durée, pour base d’un système douanier. Le comité des houillères françaises fait, de son côté, allusion à une parole prononcée en 1835, dans un débat parlementaire relatif à la suppression des droits de sortie sur les houilles, par un ministre anglais qui s’était écrié que toute nation qui, pour travailler, aurait besoin de la houille anglaise serait vassale de l’Angleterre. Rappeler, comme on l’a fait trop souvent, cette parole, où se trahit l’orgueil exagéré que donne à la Grande-Bretagne le sentiment de sa prépondérance commerciale, c’est vraiment ne chercher qu’à faire vibrer un sentiment patriotique là où il faudrait ne voir qu’une question économique. On ne peut pas dire sérieusement que la France, qui produit environ les deux tiers de la houille qu’elle consomme, et qui n’emprunte à l’Angleterre, en prenant les termes de comparaison les plus défavorables, que le dixième au plus de sa consommation, puisse se trouver jamais dans un état de vassalité industrielle vis-à-vis de cette puissance. Il est bon de n’attribuer aux