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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/555

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Comme la noblesse et le parlement, le peuple avait obtenu sa part dans les dons de joyeux avènement. Paris avait reconquis son roi malgré la disposition testamentaire qui confinait le jeune Louis XV à Vincennes ; vingt-cinq mille soldats avaient été rendus à l’agriculture, des remises considérables avaient été faites aux campagnes sur la capitation et sur le dixième, et l’exemption des tailles était promise à quiconque, dans ce royaume ravagé par la guerre comme par l’incendie, relèverait les chaumières dont les débris couvraient le sol, ou ferait repasser la charrue dans les sillons abandonnés.

Il était malheureusement plus facile de donner de telles satisfactions aux populations clair-semées et appauvries que de faire marcher les services avec quelques centaines de mille francs trouvés au trésor. Au commencement de 1716, l’on était en face d’une dette de plus de trois milliards ; les revenus de l’état avaient été dévorés d’avance pour quatre années, et l’usure, dont la force des choses avait fait depuis dix ans le seul moyen financier, avait ruiné les fortunes particulières au point de rendre toutes les avances impossibles. La solde de l’année n’était pas payée ; aucun fonds n’était assigné, même pour les travaux publics de simple entretien, au sein de ce royaume où des routes effondrées et une marine anéantie arrêtaient la circulation et enlevaient toute sécurité au commerce. La main vigoureuse de Desmarets avait, durant sept mortelles années, tenu la France suspendue au bord de l’abîme ; mais le gouffre s’était creusé par les moyens mêmes qu’il avait fallu employer pour retarder la catastrophe, et la tâche de continuer l’œuvre à la fois patriotique et terrible confiée au neveu de Colbert, incombait à un conseil de gentilshommes dont la première pensée fut d’annuler toutes les obligations usuraires et de faire pendre les traitans en attendant qu’on eût découvert un moyen de s’en passer ! Quoique subordonné au maréchal de Villeroy, chef nominal du conseil des finances, le duc de Noailles y prit d’emblée la prépondérance assurée à ses facultés supérieures et à un esprit fécond en ressources. S’il ne fit point disparaître le péril, il rendit du moins le service de le masquer un moment en inspirant quelque confiance.

En matière de finances, les voies et moyens étaient pour nos pères constamment les mêmes : faire appel aux vanités en vendant des charges quelquefois ridicules, tenter l’égoïsme aux dépens de l’esprit de famille en créant des rentes viagères à gros intérêts, altérer la valeur ou le titre des monnaies, livrer aux chambres de justice après la crise les hommes auxquels on avait fait appel pour en sortir, à cela se réduisaient à peu près les arcanes de la science économique. Les engagemens pris par l’état étaient bien loin d’être protégés d’ailleurs comme ils le sont aujourd’hui par la conscience