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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/534

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lendemain des scènes terribles au-dessous desquelles il était si tristement demeuré, soit qu’il demandât des juges avec une résignation peu digne de son sang, soit qu’il cherchât dans de fâcheux plaisirs l’oubli de tant d’injures. Ce fut alors que sans transition, et par l’un des plus étranges reviremens d’idées qu’il y ait à constater dans nos annales, on vit un homme encore plus diminué par sa conduite que par la calomnie demander, à la plus haute cour du royaume et obtenir sans résistance, la suppression de l’acte qui transférait à ses ennemis le gouvernement du royaume, avec la tutelle et la garde du roi mineur, en ne lui attribuant qu’un vain titre. Sans appui à la cour et dans l’armée, écarté depuis son rappel d’Espagne en 1708 de toutes les affaires et de tous les commandemens militaires, ce débauché suspect qui passait sa vie dans son laboratoire, entouré de filles d’opéra et d’aventuriers, se vit au 1er septembre 1715 aussi puissant en France que le roi son oncle, et plus populaire dans Paris que Louis XIV ne l’avait jamais été. C’est qu’au sein d’un pays que le despotisme avait lassé sans l’éclairer, et qui songeait plus à se venger du passé qu’à s’assurer des garanties pour l’avenir, le duc d’Orléans eut alors la bonne fortune de représenter l’opposition dans toute son amertume. Victime du pouvoir, il en parut l’ennemi naturel, et cette situation lui donna tant de force qu’on aurait volontiers transformé ses faiblesses en mérites, et au besoin ses crimes en vertus. Des calomnies qui avaient flétri sa vie, rien ne subsistait que le profit très imprévu qu’elles lui avaient rapporté. Sa mauvaise réputation avec ses malheurs lui valait mieux que n’aurait fait une bonne renommée sans des épreuves où le pays voyait un gage pour des changemens, peut-être pour des vengeances. Le duc d’Orléans retirait donc un avantage inappréciable des inimitiés de la vieille cour, de son antagonisme personnel avec Mme de Maintenon, qui en avait été si longtemps l’inspiratrice, et avec les légitimés, qui en étaient demeurés les créatures. Ceux-ci se trouvèrent représenter aux yeux de la nation le gouvernement dont la France demandait qu’on la délivrât, et le représenter, il faut le reconnaître, dans la manifestation la plus scandaleuse de son omnipotence : ce qui assurait leur défaite fut le gage de la victoire de leur rival.

L’entraînement qui conduisait vers le duc d’Orléans était tellement irrésistible, ses conséquences avaient été si bien pressenties par les habiles aux derniers momens de la vie du roi, qu’on avait vu les ennemis les plus acharnés du premier prince du sang entrer en arrangement secret avec lui pour l’aider à briser les dispositions qu’ils avaient eux-mêmes conseillées ou accueillies avec enthousiasme quelques mois auparavant. Le chancelier Voysin, créature de Mme de Maintenon, dépositaire des dernières pensées de son vieux