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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/500

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— Eh bien ! après ? dit M. Goefle, c’est M. Stenson qui sera venu s’y promener.

— Il n’y vient jamais, monsieur Goefle. Oh ! il n’y a pas de risque qu’il y vienne !

— Alors, tant mieux. Je peux m’installer sans le gêner et sans qu’il s’en aperçoive. Mais que me disais-tu donc ? on vient ici, puisque le poêle flambe !… Je vois ce que c’est, monsieur Ulphilas Stenson ! tu as loué ou promis cette chambre à quelqu’un que tu attendais. Ma foi, tant pis ! Il n’y a pas de place au château neuf, il faut qu’il s’en trouve ici pour moi ; mais console-toi, mon pauvre garçon, je te paierai aussi bien que n’importe qui. Allume ces flambeaux,… c’est-à-dire va chercher de quoi les garnir, et puis apporte des draps, la bassinoire, tout ce qu’il faut, et n’oublie pas le souper, au moins ! Nils t’aidera, il est très adroit, très vif, très gentil. Voyons, Nils, exerce-toi, trouve tout seul la chambre où nous devons coucher, la garde, comme dit Ulphilas. Je sais où elle est, mais je ne veux pas te le dire. Cherche, fais-nous voir que tu es intelligent, monsieur Nils !

Le bon M. Goefle parlait dans le désert : Ulph était comme pétrifié au milieu de la chambre, Nils se cuisait les mains le long du poêle, et l’avocat faisait tout seul son installation.

Enfin Ulph poussa un soupir à faire tourner les moulins et s’écria d’un ton emphatique : — Sur l’honneur, monsieur Goefle, sur mon salut éternel, je n’ai loué ni promis cette chambre à personne ; pouvez-vous avoir une pareille idée, sachant les choses qui s’y sont passées et celles qui s’y passent encore ! Ah ! pour rien au monde, mon oncle Stenson ne voudrait consentir à vous laisser ici ! Je vais l’avertir de votre arrivée, et puisque l’on ne vous a pas gardé votre appartement au château neuf, mon oncle vous donnera le sien au château vieux.

— C’est à quoi je ne consens pas, répondit M. Goefle ; je te défends même de lui dire que je suis là. Il saura demain que je m’y trouve on ne peut mieux : la chambre de garde est un peu petite ; c’est tout ce qu’il faut pour dormir. Celle-ci sera mon salon et mon cabinet de travail. Elle n’est pas gaie ; mais pour trois ou quatre jours, j’y serai au moins tranquille.

— Tranquille ! s’écria Ulph, tranquille dans une chambre hantée par le diable ?

— À quoi vois-tu ça, mon ami Ulph ? dit en souriant le docteur en droit, tandis qu’au froid de l’hiver le froid de la peur s’unissait pour donner le frisson au petit Nils.

— Je vois ça à trois choses, répondit Ulph d’un air sombre et profond. La première, c’est que vous avez trouvé la porte du préau