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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/459

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pénible qui n’échappe pas à l’auditeur, tandis que le scherzo, accessible à tous, est d’une facture étonnante, que relève encore la nombreuse variété des rhythmes qui le traversent et en avivent la pensée. Quant à l’andante, c’est la plus belle des quatre parties ; il constitue à lui seul un chef-d’œuvre d’invention et de sentiment. Là tout est clair, bien que la phrase soit d’une longueur merveilleuse ; tout se comprend facilement malgré la profondeur de la pensée. La quatrième partie de cette vaste conception symphonique est une sorte de pandémonium, la réunion des différens styles, la concentration des idées qu’on a déjà entendues. C’est démesurément long, et d’un effet plus puissant que véritablement beau. Lorsqu’on a entendu la symphonie avec chœurs, dont l’exécution dure une heure et un quart, on est épuisé d’émotion et de fatigue, et incapable de rien entendre de plus. Cependant on a applaudi à cette même séance le duo des Nozze di Figaro, crudel perchè fin ora, qui a été chanté avec beaucoup de sentiment et de goût par M. Stockhausen et Mlle Boulart. Au cinquième concert, qui a eu lieu le 7 mars, on a commencé par la symphonie en mi bémol de Mozart, où se trouve un si délicieux menuet. Après le chœur des génies d’Oberon, dont il est inutile de qualifier les beautés mystérieuses, on a exécuté des fragmens de la musique d’Egmont, de Beethoven, dont l’épisode de la lampe est toujours le plus applaudi. On a terminé par le finale du troisième acte de Moïse, de Rossini. La sixième séance a été surtout remarquable par l’exécution du Songe d’une Nuit d’été, de Mendelssohn, composition ravissante, dont l’allegro appassionato, le scherzo et la marche sont les parties vives et dignes du génie qui a inspiré le musicien. Au septième concert, on a exécuté la symphonie en ut mineur de Beethoven, sur le mérite de laquelle tout le monde est d’accord, parce que cela est beau et clair comme le jour. Un psaume de Mendelssohn en double chœur n’a produit qu’un effet confus, et la séance s’est terminée par le septuor de Beethoven, que je demande la permission de ne pas dédaigner, comme le faisait l’auteur, qui a dit de ce morceau remarquable : « Il n’est pas de moi, il est de Mozart. » Le huitième concert n’a guère été remarquable que par l’exécution de la symphonie en si bémol de Beethoven, qui a ouvert la séance ; puis on a entendu pour la seconde fois la même scène d’Idotnénée de Mozart, le même air de l’Anacréon de Grétry, et l’unique psaume de Marcello que connaisse la Société des Concerts. À la neuvième et dernière séance, qui a eu lieu le 18 avril, on a entendu la Symphonie Pastorale, qui est pour moi le plus parfait des neuf poèmes symphoniques qu’on doit au génie colossal de Beethoven, un air d’Armide de Gluck, médiocrement chanté par Mlle Ribault, et gli Uomini di Prometeo, fragmens d’un ballet qui fut représenté à Vienne en 1799, et puis au théâtre de la Scala à Milan, en 1813. Ces fragmens de la musique de Beethoven ont été redemandés par le public, et la fête s’est terminée par l’introduction de l’oratorio de Samson, de Haendel, d’un style grandiose et biblique, qui rappelle certaines pages du Paradis perdu de Milton. Il est grand temps que la Société des Concerts s’occupe sérieusement de varier ses programmes, qui ne suffisent plus à satisfaire la curiosité du public. Depuis trente et un ans qu’elle existe, elle a presque exclusivement vécu de l’œuvre de Beethoven, dont l’interprétation a fait sa grande et légitime réputation en Europe ; mais il y a plus d’une place dans la maison de