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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/446

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vie, en reconnaître la justesse. Avoir ses entrées à un théâtre, remplir de sa famille ou de ses amis une loge d’Opéra qui n’a rien coûté, voilà des jouissances auxquelles ne résiste pas chez nous la vanité d’un homme riche. Peu lui importe le cadeau fait à sa bourse : avec son billet donné, il s’estime supérieur à ses voisins, gens sans influence et sans considération! Il est distingué, il jouit d’un privilège, c’est là ce qui le touche. Ainsi se comporte notre démocratie. Écoutons encore une de ces observations fines et justes qui se rencontrent fréquemment dans le rapport du prince. « En Angleterre, tout homme veut paraître plus riche qu’il ne l’est; chez nous au contraire, l’aisance se dissimule et profite sans honte des avantages qui ont été créés en faveur des classes moins fortunées. Avec nos tarifs différentiels, il arriva que le dimanche, jour où le prix d’entrée était de 20 centimes, l’exposition était fréquentée non-seulement par des ouvriers, mais encore et surtout par les personnes appartenant aux classes les plus aisées de la société. » Que conclure de ce fait, fidèle expression de nos mœurs? C’est que, pour attirer le public aux prochaines expositions, il faudra, à défaut de l’entrée gratuite, réduire le péage à un taux très modique.

La question de l’emplacement est pour une exposition, surtout pour une exposition universelle, d’une importance extrême. « Les dispositions purement matérielles, dit le prince Napoléon, s’élèvent ici à la hauteur d’une question de méthode; il s’agit de faire que l’aménagement soit un auxiliaire des études.» Si l’on veut se rendre compte des difficultés qu’entraîne le choix d’un local convenable, on n’a qu’à lire dans le rapport les tribulations de toute nature qu’a éprouvées la commission impériale pour adapter à sa destination le Palais de l’Industrie. D’abord ce malheureux palais, qui devait offrir aux produits de la France une hospitalité splendide, se trouva, avec ses 45,000 mètres de superficie, tout à fait insuffisant, et l’on reconnut qu’un espace de près de 120,000 mètres serait nécessaire pour l’exposition de l’industrie seulement, l’exposition des beaux-arts exigeant de son côté près de 20,000 mètres. Il fallut dès lors s’ingénier, construire l’immense galerie qui couvrit une grande partie du quai de Billy, affecter à l’exposition la rotonde du Panorama, édifier un bâtiment spécial pour les beaux-arts, projeter autour du monument principal des logemens accessoires qui ne présentaient, à vrai dire, rien de gracieux à l’œil, et qui enlevaient à l’exposition française le caractère de grandeur et d’heureuse harmonie que l’on avait admiré à Londres en 1851. La difficulté fut telle que, de l’aveu du prince, elle faillit un moment compromettre le succès de l’exposition. Ce n’est pas tout. Le Palais de l’Industrie appartenait alors à une société dont les administrateurs désiraient naturellement tirer de