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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/442

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principe. Tel est le génie anglais : en toutes choses, la nation entend faire elle-même ses propres affaires, non point seulement parce qu’elle obéit à un vif instinct d’activité personnelle, mais encore parce qu’elle se défie de l’autorité, et repousse, autant que cela est possible, l’action directe de l’état. Le paiement d’un prix d’entrée aux guichets de l’exposition est une conséquence nécessaire de ce système. Il convient que le public rembourse à la compagnie les frais du spectacle; autrement, la représentation ne pourrait avoir lieu. Le péage s’accorde d’ailleurs parfaitement avec les habitudes anglaises : il ne provoque ni mécontentement ni réclamation; les classes les plus pauvres s’y soumettent comme à une obligation très légitime et l’acquittent comme une dette. Le public est tellement accoutumé à payer partout sa place, que même dans les édifices qui appartiennent à la nation, et où il pourrait se croire en quelque sorte chez lui, au moins pour sa part de contribuable, le visiteur anglais débourse sans murmure le shilling ou l’half-crown qui lui est demandé à la porte, et qui indigne parfois le touriste du continent. En un mot, chez nos voisins, on paie partout et pour tout. Nos mœurs et nos habitudes sont en France diamétralement opposées. Nous laissons à l’état le soin de tout faire avec les ressources du budget, nous lui abandonnons la direction de toutes les entreprises qui présentent au moindre degré le caractère d’utilité publique, nous le constituons notre mandataire général; mais, une fois que nous avons versé dans la caisse du percepteur notre part d’impôt, nous supportons difficilement les taxes accessoires, les souscriptions, les péages, ces mille contributions de-détail qui se dressent à chaque pas devant le citoyen anglais; nous voulons n’avoir plus à ouvrir la bourse et obtenir partout, dans les fêtes publiques, dans les musées, dans les expositions, notre entrée gratis. Cette disposition d’esprit est, à vrai dire, assez logique. Quoi qu’il en soit, il faut, quand on veut organiser une œuvre nationale, prendre les nations comme elles sont, et régler ses plans d’après les mœurs, les habitudes, les sentimens et même les préjugés de la société au sein de laquelle on compte les appliquer. C’est pour ce motif qu’on ne saurait de longtemps encore se reposer sur l’initiative des particuliers pour entreprendre en France une exposition universelle. Le prince Napoléon l’a bien compris, et, quoique son opinion personnelle soit plus favorable au système anglais, il s’est incliné devant l’irrésistible argument de la nécessité, et il se résigne à voir l’exposition prochaine dirigée, comme celle de 1855, par une commission gouvernementale et aux frais de l’état. Il demande cependant, et dans sa pensée cette restriction paraît être essentielle, que la commission soit prise en dehors des administrations publiques, auxquelles il refuse complètement