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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/439

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ganiser fréquemment à Paris et à Londres une exposition universelle, dût-on n’y faire figurer que l’une des branches du travail industriel? Cela est douteux. Il n’en faudra pas moins, lors même qu’il ne s’agirait que des articles fabriqués ou des instrumens de production, procéder dans chaque pays aux dispositions compliquées que réclame une pareille œuvre, convoyer des points les plus éloignés du monde les échantillons et les modèles, imposer à tous les gouvernemens, et en particulier au gouvernement qui ouvrira l’exposition, des frais considérables d’organisation, de surveillance, de commissions spéciales. On a vu ce qu’il a coûté de temps et d’argent pour préparer les dernières expositions. De plus, le système des expositions partielles offre l’inconvénient de laisser nécessairement un trop long intervalle entre les concours établis pour les mêmes produits. A moins d’une exposition en permanence, qui lasserait bientôt le public et les industriels, le tour des différentes classes de produits, si l’on institue pour chacune d’elles une exhibition quinquennale, ne reviendrait guère que tous les vingt ou vingt-cinq ans. Ce délai serait évidemment trop éloigné. Enfin, quant au siège des expositions, s’il est exact que Paris et Londres sont les deux capitales qui offrent à tous égards les conditions les plus favorables, il semble bien difficile de faire accepter par l’Europe cette désignation exclusive. Croit-on que l’Autriche, l’Allemagne, la Russie, la Belgique même, consentiraient à abdiquer complètement leurs prétentions à ouvrir dans leurs capitales des expositions universelles? Il ne s’agit pas seulement ici d’une question fort délicate d’amour-propre national : de graves intérêts sont également en jeu. Il est clair que le pays qui fait les honneurs de l’exposition en profite matériellement dans la proportion la plus forte, puisque ses habitans peuvent le plus aisément tirer parti des enseignemens qui résultent d’un pareil concours, établi à leur portée et sous leurs yeux. Un souverain sera toujours jaloux de procurer à ses sujets un spectacle qui doit flatter leur orgueil, exciter leur émulation, attirer un grand nombre d’étrangers et fournir un aliment à la curiosité populaire. C’est beaucoup pour un gouvernement que de savoir distraire le peuple, et il ne saurait y avoir, à coup sûr, au temps où nous sommes, de distraction plus utile, plus active que le tableau d’une exposition générale. On en a eu la preuve à Paris et à Londres. Comment donc les autres gouvernemens renonceraient-ils à la pensée de tenter ce que l’Angleterre et la France ont accompli avec succès? Pourquoi ne voudraient-ils pas à leur tour se donner le luxe d’une exposition? Il faut reconnaître d’ailleurs qu’en présence des progrès de l’industrie en Allemagne, en Autriche, dans le nord de l’Italie et même en Russie, une exposition universelle pourrait, dans quelques années, choisir