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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/386

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c’étaient les 10e, 11e et 12e divisions, formant le quatrième corps d’armée aux ordres du général Dannenberg. Pour les amener plus rapidement sur le théâtre de la guerre, le gouvernement russe les avait fait transporter dans les voitures du pays, requises à cet effet sur toute la route. Néanmoins les derniers échelons n’étaient arrivés qu’à la fin d’octobre. Une fois maître de ces renforts, le prince Menchikof se résolut à prendre l’offensive. L’ouvrage du capitaine Anitschkof fait connaître en détail le plan qu’il adopta. Nous en avions déjà quelque idée par le rapport du général Dannenberg. Sur les indications assez vagues de ce général, des gens qui se croient fins en n’admettant jamais que leurs adversaires aient pu dire la vérité se sont empressés de contester la réalité de ce plan, et à plus forte raison des fautes qui en ont compromis le succès. Si nous ne partageons pas cette manière de voir, la raison fort simple en est que les Russes, à notre sens, ne pouvaient s’y prendre autrement qu’ils ne l’ont fait pour attaquer les alliés dans les fortes positions qu’ils occupaient.

La configuration du terrain est bien connue. Par sa forme, le plateau de Sébastopol se rapproche d’un demi-cercle, dont la corde serait la baie au nord; il se termine brusquement, à l’ouest et au sud par les falaises que baigne la mer, à l’est par les pentes abruptes connues sous le nom de monts Sapoun, au pied desquelles s’étendent les vallées de Balaclava et de la Tchernaïa. Une pente générale en sens inverse embrasse toute la surface du plateau, et l’abaisse insensiblement jusqu’à la baie. Le camp des alliés, appuyé aux monts Sapoun, n’était donc accessible que du côté de cette pente, qu’il eût fallu remonter à partir de la baie; du côté de la ville, il était protégé par les travaux du siège et les batteries de gros calibre que les alliés y avaient accumulées. Seulement, il faut le remarquer, les travaux à cette époque s’arrêtaient à la hauteur de la tour Malakof, laissant ainsi inoccupé l’espace compris entre l’embouchure de la Tchernaïa et la baie. C’était là le point vulnérable de la position; les Russes pouvaient y déboucher à la fois de la ville et du pont d’Inkerman. En sortant de Sébastopol par le faubourg de Karabelnaïa, les troupes de la garnison échappaient au feu des batteries anglaises, et venaient sans obstacle donner la main à celles qui occupaient les hauteurs de Mackensie. La tâche de cette dernière portion de l’armée russe était plus compliquée; après avoir passé la Tchernaïa sur le pont d’Inkerman, elle avait à gravir le revers escarpé de la vallée. A la vérité, sur ce point, les hauteurs sont déchirées par des ravins profonds, qui en rendent l’accès moins pénible. De plus, les deux grandes routes qui s’embranchent sur le pont d’Inkerman livrent un passage facile à l’artillerie. L’une de ces routes, la vieille route de poste, se développe sur le flanc d’un ravin