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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/374

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les actes du congrès, il avait introduit dans le droit public américain une doctrine subversive de tout gouvernement régulier, et qui de nos jours a failli plonger les Etats-Unis dans l’anarchie. Elle ne trouva heureusement que peu de faveur en 1709. Aucun état ne répondit à l’appel du Kentucky et de la Virginie, plusieurs législatures crurent même devoir protester contre le nouveau dogme. Le vice-président-fut néanmoins d’avis de le maintenir dans toute sa rigueur. Moins hardi, parce qu’il était plus directement aux prises avec les difficultés, Madison crut devoir émousser cette arme révolutionnaire plutôt que de s’exposer à blesser l’opinion. Dans la réponse qu’il fit pour la Virginie aux objections soulevées par les résolutions de 1798, il en atténua autant que possible la portée : il insista particulièrement sur le caractère inconstitutionnel du sedilion act et de l’alien act; il s’attacha à les rendre odieux sans effaroucher les sentimens conservateurs. La masse flottante du public, déjà ébranlée par les résolutions de Jefferson, fut gagnée par le rapport de Madison. Rien ne la défendait plus contre les séductions de l’opposition; rien ne justifiait plus à ses yeux les violences et les dépenses excessives de l’administration. La patrie n’était plus en danger.

Sans consulter son cabinet plus que son parti, John Adams avait brusquement renoué des relations pacifiques avec la France, et il avait ainsi glacé l’enthousiasme national, la seule passion publique dont il put disposer. Par cet acte honnête, mais intempestif, il désarma le parti fédéraliste et accéléra sa dissolution. Elle avait commencé le jour où la succession politique de Washington s’était ouverte. Personne parmi ses amis n’avait pu la recueillir. En devenant le chef de l’état, John Adams n’était pas devenu le chef de l’état-major fédéraliste. Le cabinet que lui avait légué son glorieux prédécesseur n’avait jamais accepté son autorité. Hamilton le regardait comme impropre au gouvernement, et il ne se consolait de le voir à la tête des affaires qu’en cherchant à le tenir en tutelle au moyen de ses ministres. Bien qu’absent de Philadelphie et en apparence étranger au gouvernement, l’ancien secrétaire du trésor était par eux secrètement instruit de tout, consulté sur tout, et ses avis faisaient loi tant que le président n’imposait pas les siens en agissant seul et par surprise. De là, au sein de l’administration, des intrigues et des coups de théâtre continuels, point de confiance réciproque, point de politique suivie, nulle unité dans le commandement et dans l’action. Depuis plus d’un an, le cabinet gouvernait en vue de la guerre lorsque le président prit sur lui de rétablir la paix : ce fut presque une défection aux yeux des meneurs fédéralistes, et bien que le gros du parti fût resté fort attaché à John Adams, bien que son nom fût le meilleur à opposer à celui de Jefferson, ils com-